UNESCO : BTS, entre cubisme et innovation

« Nous souhaitions rendre hommage aux nouvelles innovations, portées par Picasso et Braque ». L’exposition « Corée, Cubiquement Imaginée » s’installe au cœur du 7e arrondissement parisien. Avec la  participation de l’UNESCO et de l’agence gouvernementale KOCCA, BTS et Parasite sont à l’honneur, pour une expérience virtuelle illustrant la créativité digitale sud-coréenne. Lee Herim, spécialiste principale du programme à l’UNESCO, s’exprime dans une interview exclusive pour BTS ARMY FRANCE.

UNESCO Cubisme VR Parasite BTS réalité virtuelle
Korea Cubically Imagined, au siège de l'UNESCO ©KOCCA

Corée, Cubiquement Imaginée était exposée à  Paris du 6 au 16 juillet au siège de l’UNESCO, puis au Centre Culture Coréen, en l’honneur de l’année internationale de l’économie créative au service du développement durable. Intégralement virtuelle « Cubisme et Corée du Sud » s’intéresse au potentiel créatif des nouvelles technologies pour la valorisation du patrimoine culturel coréen, une inventivité d’autant plus nécessaire après l’isolement forcé instauré par la pandémie mondiale. Le groupe sud-coréen BTS, roi du Billboard Hot 100, et la Palme d’Or 2019 Parasite, multi-primée, figurent en tête d’affiche pour les premiers pas de la maison de l’UNESCO (presque) post-COVID, accompagnés des œuvres de Kang Yiyun, K’Arts, D’Strict, Tacit Group, Visual ou encore le Musée national de Corée. Les billets, gratuits, se sont envolés en une poignée de minutes. 

Son essence, Corée, cubiquement imaginée, la tire de son lieu d’accueil, la France « le centre du cubisme, cœur de l’innovation artistique et culturel » nous explique Lee Herim, spécialiste principale du programme pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, au sein de l’UNESCO. Le sens est conjugué à sa forme, l’expérience spectateur est pensée dans un cube. « Nous souhaitions rendre hommage aux nouvelles innovations, il y a un siècle, portées par Picasso et Braque, mais aussi pointer le fait qu’avec cette technologie virtuelle, le public peut être immergé dans une expérience au travers d’un cube ». La relation avec Picasso est d’autant plus pertinente que l’exposition jouxte le hall de Miro,  et, quelques pas plus loin, l’imposante Chute d’Icare,  « Icare des ténèbres », de Picasso, fresque tragique aux aurores de la Seconde Guerre mondiale, commandée par l’UNESCO qui aurait trouvé son « symbole » appuyait Georges Salles, directeur artistique de l’UNESCO, en 1958 : « on verra les forces de paix, vaincre les forces de morts ».  Un maître du cubisme, aux antipodes des critères de l’époque ; une note d’avant-garde qui aime à scandaliser ses contemporains, depuis l’esquisse des Demoiselles d’Avignon. Parallèlement, à quelques pas, BTS défie aujourd’hui les lois de l’industrie musicale et la domination anglophone.  « La plus grande différence avec eux », évoque Lee Herim « c’est leur discours à l’ONU [ndr : en septembre 2018 et 2020], ou leurs partenariats publics [ndr : UNICEF « Love Myself » ; CONNECT,BTS…] qu’ils soutiennent en tant qu’artistes.».

  En 1958, l’UNESCO a construit ses fondations autour d’œuvres d’artistes internationaux. Primordial.  De l’architecture multi-culturelle, aidée de matériaux offerts par les différents pays, à l’apaisant Centre de méditation imaginé par le japonais Tadao Ando en 1995 en l’honneur de l’UNESCO, ce sont 600 œuvres d’art de tout horizon qui parsèment ses murs et ses jardins. L’organisation est dans son essence un

Nous sommes vraiment fiers d’exposer BTS juste à côté de Miro. C’est symbolique.

Lee Herim

bâtiment international, symbole de paix et de partage culturel à travers ses trésors artistiques.  L’espace BTS longe également Les murs de la lune et du soleil, fresque en céramique de Miro, figure majeure du surréalisme, aux peintures oniriques chatouillant l’inconscient. « Le bâtiment de l’UNESCO abrite des œuvres d’artistes internationaux pour symboliser l’art contemporain, et, à cet égard, nous sommes vraiment fiers d’exposer BTS juste à côté de Miro. » Un clin d’œil ?  « C’est en quelque sorte symbolique » sourit Lee Herim.  Pour la 75e assemblée des Nations Unies, en septembre 2021, BTS sera également présent, en tant qu’envoyé spécial pour la diplomatie publique de Corée du Sud cette fois-ci, selon la récente nomination donnée par le Président Moon Jae In, pour délivrer un message d’espoir, et de paix, à l’image de ses précédentes interventions. Symbolique.

Picasso la chute d'Icare UNESCO
« La Chute d'Icare » Picasso ©BTSARMYFRANCE
Espace BTS UNESCO kocca
L'espace BTS, au siège de l'UNESCO ©KOCCA

HYBE, avant-gardisme et technologie

BTS et Parasite, étaient les têtes d’affiche de Cubically Imagined. « Dès l’instant où j’ai intégré l’UNESCO, on m’a demandé si je pouvais ramener BTS ou Bong Joon Ho [réalisateur de Parasite] […] C’était une évidence. N’importe quelle organisation ou institution voudrait travailler avec eux. Ce sont des [modèles de] réussites mondiales, surpassant la barrière de la langue, de la culture, de l’âge ou du genre » affirme Lee Herim, convaincue. « Cet aspect-là de BTS, [leur influence] culturelle, est vraiment apprécié. Nous voulions vraiment collaborer avec eux. » BTS et Parasite sont des fiertés nationales et culturelles. Le septuor, en particulier, a entraîné pour l’UNESCO une impression extrêmement positive au regard du partage enthousiaste de l’exposition sur les réseaux, dans diverses langues. « Bien sûr, avec le nom de BTS, nous nous attendions à ce que ce soit en rupture très rapidement, mais c’est vraiment surprenant d’observer que cette influence est aussi puissante, particulièrement sur les réseaux […]. L’exposition n’a pas fédéré uniquement le public français , mais aussi des ARMYs de pays et de langues différents qui ont accueilli et traduit l’exposition dans leur propre langue. »  Une surprise ravissante. 

Espace BTS VR UNESCO ©KOCCA.

Pour BTS, le projet VR, dont les droits ont été accordés exclusivement à l’UNESCO, mettait à l’honneur le concert Map Of The Soul : ON:E — pas de photos, pas de déclarations, la collaboration avec HYBE était étroitement réglementée. Seules les chansons Dope et DNA étaient proposées : une seule chanson, au choix, pour chaque visiteur. Pour des raisons temporelles, les deux expériences n’étaient malheureusement pas possibles pour tous. Évocatrices, Dope (2015) et DNA (2017) marquent toutes deux des étapes-clés de la carrière de BTS, à l’aube d’un succès planétaire, et  expriment l’identité artistique du groupe, audacieux et contestataire, novateur, s’affranchissant des codes de l’industrie. Mais aussi chaleureux, et porteur d’une positivité contagieuse. Surtout, au concert de ON:E, déjà, ces deux titres se démarquent par leur utilisation de la AR, la réalité augmentée ; HYBE a toujours été intéressé par le développement des nouvelles technologies dans le cadre de ses activités musicales, avec sa filiale HYBE SOLUTIONS. Dope déstabilise ainsi  l’internaute, avec l’image fascinante d’un ascenseur vintage lancé à toute vitesse, quand DNA semblait aspirer le spectateur dans une autre dimension, joyeusement colorée. Le choix de ces deux chansons ne semblait pas être une simple coïncidence, et l’expérience VR d’autant plus excitante : la mise en scène, déjà en trompe-l’œil lors de la diffusion du concert, promettait une expérience adaptée. Par ailleurs, l’intégralité du concert en ligne ON:E intégrait quelques éléments de réalité augmentée sur diverses prestations :  HYBE, c’est «  la compagnie de divertissement la plus avant-gardiste au monde » confiait Khee Lee, directeur marketing de Kiswe (diffuseur des livestream de BTS, dont ON:E, pendant la pandémie) dans une interview à Bandwagon. « Ils ont une pensée très avant-gardiste quant à la manière dont la technologie peut être mise à profit pour améliorer leur travail [ndr : musical]. C’était un défi pour nous et notre technologie, voir jusqu’où nous pouvions aller avec eux. » 

Légères comme pour 00:00 ou Filter, ou plus avancées comme chez My Time, Persona ou encore UGH! et ses cordes de ring lumineuses, les expérimentations technologiques sont omniprésentes, tant dans les concerts, que dans le quotidien des fans, avec la création interne d’une application d’échange entre fan et artiste : Weverse, et son dérivé commercial Weverse Shop. La réalité augmentée était déjà explorée, discrètement, lors du Speak Yourself Tour, en 2019, avec  Trivia : Love et Tear, dont les écrans au-dessus de la scène diffusant le concert affichaient des effets décoratifs ;  les nouvelles technologies leurs sont familières.  « Cette année était particulièrement pertinente, car, après la pandémie, de nombreuses cultures, secteurs culturels et professionnels du milieu artistique ont été particulièrement touchés. L’exemple de BTS, qui passe au virtuel et se connecte à son public par le biais de ces technologies [novatrices] est une inspiration intéressante pour tout artiste à travers le monde. Nous avions à cœur de présenter ce qu’ils font, ce qu’ils expérimentent avec les nouvelles technologies, et le connecter, simplement, avec le public international » arguait Lee Herim. 

BTS ONE Concert livestream
BTS ONE Concert livestream
RM ONE concert UGH BTS

Extrait du concert livestream ON:E — « UGH! » et ses cordes de rings en AR à droite ©HYBE.

Réalité virtuelle, une piste pour les concerts de demain

L’expérience VR proposée par l’UNESCO, réalisée avec l’Unreal Engine, moteur de jeu de Epic Games (Fortnite) offrait un rendu d’image en temps réel. En pleine pandémie mondiale, alors que de nombreux artistes ont du trouver des solutions alternatives comme des concerts en ligne, Map of The Soul : ON:E VR suggère alors une nouvelle solution pour les concerts à distance, une piste pour les concerts de demain,  une « toute nouvelle expérience » insiste Lee Herim, « la virtualisation du programme exprime la vraie différence avec les autres programmes [artistiques de l’UNESCO] existants durant la pandémie. Ce qui est unique dans cette exposition, c’est qu’ils [les artistes et techniciens des œuvres virtuelles] ont réinterprété et développé des expériences [nouvelles] ». BTS est familier de ce genre de spectacle à distance. Avant la pandémie, déjà, le groupe proposait une retransmission en direct de ses concerts, ouvrant la voie à un nouveau modèle économique pour l’industrie du divertissement. Point de VR, mais un partage mondial, inédit, qui, selon Forbes, « repousse les limites de l’expérience en concert », avec des plateformes telles que Vlive, puis Kiswe : « La question n’est plus de savoir ce qu’ils peuvent faire, mais ce qu’ils vont faire en 2020 » évoquait le magazine économique. 

Alors, en 2020, sous le signe de la pandémie, BTS introduit les concerts livestream à grande échelle sans public :  BangbangCon : The Live, en juin 2020, puis Map Of The Soul : ON:E, résultat de l’annulation de la tournée mondial Map of The Soul, qui se retrouve concentrée en deux dates virtuelles en octobre 2020, et, enfin, SOWOOZOO, troisième livestream COVID du groupe, en juin 2021. Le premier bat le record mondial, s’illustrant comme le plus grand livestream musical payant au monde.  Le second bat son propre record, figurant une fois de plus dans le Guinness Book of World Record avec près d’1 million de foyers connectés, pour un total de 191 pays réunis. Le troisième rempile, avec 1,33 millions de spectateurs, près de 200 pays et plus de 71 millions de recettes, en un week-end. « Après le concert de BTS, nous avons reçu des demandes de la part de labels et de promoteurs de concert : ça leur a donné l’idée de saisir l’opportunité de s’adapter en produisant des concerts virtuels » dévoilait la start-up de streaming Kiswe à Bandwagon, « les concerts de BTS nous ont appris certaines choses : que la digitalisation peut aussi transformer une industrie d’expérience physique et créer de nouvelles opportunités à l’échelle mondiale ». Le prestataire vidéo conclut, enjoué «  BTS améliore toujours ce qu’ils font. C’est pour ça qu’ils sont aujourd’hui l’un des plus grands [artistes] ! Ils analysent chacune de leurs performances et cherchent [constamment] à s’améliorer. Ils nous poussent à continuer d’accroître, nous aussi, l’expérience du public. » Dope et DNA VR, en sont une évolution naturelle. Plutôt expérimentale, l’expérience BTS VR UNESCO, est davantage un aperçu des futures évolutions de l’industrie du divertissement. 

Si la VR BTS a ainsi recueilli des avis mitigés — les images n’étaient pas toujours très nettes, et donnaient davantage l’impression de contempler un gigantesque écran qu’une véritable immersion en plein concert, comme l’avait imaginé de nombreux ARMYs — celle de Parasite semble avoir conquis les visiteurs. Film d’auteur de Bryan KU, directeur visuel de EVR Studio, celui-ci réinterprète la Palme d’Or du 72e festival de Cannes, en version courte. Le déroutant  thriller satirique multiprimé de Bong Joon Ho est la fierté du cinéma sud-coréen. Nomination aux Academy Awards, 4 Oscars aux titres de meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original et meilleur film international, et une Palme d’Or. Un palmarès inégalé pour la Corée, et une première non-anglophone dans bien des domaines. Quel plaisir alors, que d’être immergé dans les décors de Parasite, écouteurs dans les oreilles, et coiffé d’un imposant casque VR. Immersif. La visite guidée dans l’angoissante cave des Park semble plus vraie que nature. Frissons assurés.

UNESCO Parasite VR BTS

VR de Parasite ©KOCCA

La réalité virtuelle a été  évoquée à maintes reprises comme alternative pour l’exploration de musées, spectacles et concert, son attrait a explosé depuis la pandémie, tout comme les livestreams plus traditionnels — les plateformes comme Kiswe témoigne d’une demande montante de spectacles virtuels, particulièrement dans la musique, depuis 2020 « Ça accélère tout. Nous sommes l’une des rares et chanceuses compagnies à laquelle la pandémie a été bénéfique, car nous sommes dans le monde du livestreaming. Il y a une grande curiosité pour les concerts live » (Bandwagon). Les crises accélèrent les innovations. Le confinement en particulier, a été décisif pour l’avancée des idées en suspens quant à l’utilisation de la réalité virtuelle pour le secteur musical et artistique.  Ainsi, en avril 2020, Travis Scott se produisait pour un concert VR implanté dans les décors irréels du jeu Fortnite ; en mai 2020, Sony Music s’empresse de lancer un appel d’offres pour une équipe destinée à réimaginer la musique à travers les médias immersifs, avec l’aide du moteur Unreal Engine de Epic Game « Le défi, c’est d’arriver à produire des live [de concert] se déroulant à distance tout en étant immersifs et en temps réel » confiait Kenichiro Yoshida, directeur exécutif de Sony au Financial Times. Janvier 2021, Sony dévoile son projet : Sony Immersive Music Studio avec notamment la réalisation d’un concert VR de Madison Beer sur les planches, dans lequel le géant japonais reproduit l’avatar virtuel de la chanteuse avec une précision étonnante.  En France, Jean-Michel Jarre avait quant à lui réuni 75 millions de spectateurs pour son concert VR gratuit dans la cathédrale de Notre Dame, à la veille du nouvel an 2021.  

La réalité virtuelle accélère la cadence pour l’usage à grand public, et BTS, comme toujours, emboîte le pas, sur le chemin de l’innovation.

Un reportage vidéo et un article complémentaire à venir prochainement.

 

Nous remercions chaleureusement l’UNESCO, Lee Herim (Senior Programme Specialist), Julie (guide de l’UNESCO) et Thomas Mallard (attaché de presse) tout particulièrement, pour le temps qu’ils nous ont accordé.

Propos de Lee Herim recueillis par #Aurelianor et #Plume
Article écrit par #Plume.
Traduction ©BTSARMYFRANCE