HYYH Notes

Notre équipe de traduction est en plein travail. Nous publierons la suite quand elle sera disponible. Patience.

Hoseok – 23 juillet 2010

C’est après avoir compté jusqu’à quatre que j’ai entendu ce rire qui semblait être une hallucination auditive. L’instant d’après, une version plus jeune de moi est passée, tenant la main de quelqu’un. Je me suis rapidement retourné pour regarder mais il n’y avait que les autres élèves qui me regardaient. « Hoseok-ah ! » Le professeur m’appelle. Et j’ai enfin réalisé ou j’étais. J’étais en classe, en train de compter les fruits dans mon agenda. Cinq, six. J’ai recommencé à compter mais plus le nombre augmentait et plus ma voix tremblait et j’ai commencé à transpirer. Ce souvenir continuait de remonter à la surface.

Je ne me souviens pas du visage de ma mère ce jour-là. Je me souviens seulement qu’elle m’a donné une barre de chocolat quand nous étions au parc d’attraction. « Hoseok-ah, compte jusqu’à dix et ouvre tes yeux. » J’ai compté et quand j’ai ouvert me yeux, ma mère n’était plus là. J’ai attendu et attendu mais elle n’est jamais revenue. compter jusqu’à huit était la fin. Je devais juste en compter un de plus mais ma voix ne sortait pas. Mes oreilles se sont mises à bourdonner et ma vue s’est troublée. Le professeur m’a fait signe de continuer. Mes amis me fixaient. Je ne pouvais pas me rappeler du visage de ma mère. J’avais l’impression que si je continuais de compter, elle ne reviendrait jamais me chercher.

Je me suis effondré sur le sol.

Taehyung – 29 décembre 2010

J’ai enlevé mes chaussures, balancé mon sac et suis entré dans la pièce. Papa était vraiment là. Je n’ai pas réfléchi à combien de temps ça faisait ou d’où il revenait. J’ai simplement couru l’embraser. Je ne me souviens pas de ce qu’il s’est passé près. Est-ce que c’est l’odeur de l’alcool que j’ai senti en premier, était-ce les insultes ou était-ce juste la claque ? Je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait. Il y avait cette odeur d’alcool et il y avait cette haleine fétide. Ses yeux étaient injectés de sang, sa barbe non entretenue avait bien poussée. Il m’a mis une baffe avec sa grosse main. Il m’a mis une baffe et m’a demandé ce que je regardais comme ça. Et ensuite il m’a soulevé en l’air. Ses yeux étaient terrifiants mais j’avais trop peur pour pleurer. Ce n’était pas mon père. Si, c’était lui. Mais ce n’était pas lui. Mes pieds tremblaient en l’air. L’instant d’après ma tête frappait le mur et mon corps s’effondrait sur le sol. J’avais l’impression que ma tête allait exploser. Ma vision s’est brouillée puis tout est devenu noir. La seule chose encore présente dans ma tête était le halètement de mon père.

Jimin – 6 avril 2011

Je suis sorti seule devant l’entrée de l’arboretum. Le temps était gris et frisquet mais j’étais de bonne humeur. C’était un jour de pique-nique mais papa et maman étaient tous les deux occupés. D’abord j’ai boudé, mais après m’être fait complimenté pendant concours de dessin de fleur et après avoir entendu l’amie de ma mère dire « Jimin est un grand garçon maintenant ! » je me suis dit que j’étais plutôt cool.

« Jimin, attends-moi ici. Je reviens vite. » C’est ce que m’a dit le professeur à la fin du pique-nique quand nous nous apprêtions à quitter l’arboretum, mais je n’ai pas attendu. J’étais assez confiant pour sortir seul. J’ai attrapé les lanières de mon sac à dos et j’ai commencé à marcher à pas lents et confiants. Sentant tout le monde me fixer, j’ai redressé encore plus les épaules. C’était bien après que la pluie aie commencé à tomber. Tous mes amis et leurs mères étaient partis, personne n’était là pour me regarder et j’avais mal aux jambes. J’ai protégé ma tête avec mon sac et me suis accroupi sous un arbre. La pluie a commencé à tomber plus fort et il n’y avait personne en vue. J’ai fini par commencer à courir sous la pluie. Il n’y avait un magasin ni une maison en vie. J’ai rejoint la porte arrière de l’arboretum. Une porte sur le côté était ouverte et à l’intérieur il y avait ce qui ressemblait à un entrepôt.

Yoongi – 19 septembre 2016

Les flammes flamboyaient d’un rouge écarlate. La maison dans laquelle je vivais jusqu’à ce matin est envahie par les flammes. Des gens m’ont reconnu et se sont approchés de moi en criant quelque chose. Les voisins se sont précipités vers moi. Ils disaient que les pompiers ne pouvaient pas entrer car ils n’arrivaient pas à sécuriser une entrée. Je suis resté immobile.

C’était la fin de l’été, l’automne commençait. Le ciel était bleu et l’air était sec. Je ne savais rien, je ne savais pas ce que je devais penser, ce que je devais ressentir, ce que devais faire. Et ensuite j’ai pensé « Oh, maman ! » L’instant d’après la maison s’effondrait dans un bruit sourd. La maison qui avait été dévorée par les flammes, non, maintenant elle était devenu le feu lui-même, avec son toit, ses piliers, ses murs, ma chambre, s’est écroulée comme un château de sable. J’ai regardé tout ça d’un air absent, le regard vide.

Quelqu’un m’a poussé sur le côté. Le camion de pompier était arrivé. Quelqu’un d’autre m’a attrapé et m’a demandé quelque chose. Ils m’ont regardé dans les yeux et ont crié quelque chose mais je n’entendais plus rien.

« Y a-t-il quelqu’un à l’intérieur ? » Je les ai regardé d’un regard vide. « Est-ce que ta mère est à l’intérieur ? » Ils ont attrapé mon épaule et m’ont secoué. Sans m’en rendre compte, j’ai répondu « Non. Il n »y a personne à l »intérieur. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? », a dit ma voisine. « Et ta mère ? Où est-elle ? »

« Il n »y a personne là-bas », je ne savais pas ce que je racontais. Quelqu’un m’a poussé et est passé devant moi.

Seokjin – 2 mars 2019

Il y avait une odeur d’humidité dans le bureau du directeur où mon père m’a fait entrer. Dix jours après mon retour des Etats-Unis, on m’a dit hier qu’à cause de la différence entre les deux systèmes scolaires, je devais redoubler. « Sil vous plaît, veillez sur lui. » Mon père a posé ses mains sur mes épaules et j’ai cillé sans m’en rendre compte. « L’école est un endroit dangereux. Il doit y avoir des règles. »

Le directeur m’a regardé droit dans les yeux. La peau ridée autour de ses joues et de sa bouche tremblait à chaque fois qu’il parlait et entre ses lèvres bronzées, il y avait un rouge très sombre. « Est-ce que Seokjin ici présent ne pense pas la même chose ? »

J’ai hésité devant la soudaineté de la question et mon père a immédiatement serré mon épaule plus fort. Il me serrait tellement fort que les muscles de mon cou se contractaient. « Je pense qu’il se comportera bien. »

Le directeur a continué de me fixer et ma père serrait mon épaule de plus en plus fort. J’ai serre les poings très fort, à m’en briser les os. Mon corps s’est mis à trembler et j’avais des sueurs froides.

« Il faut me le promettre. Seokjin doit devenir un bon élève. » Le directeur m’a regardé avec un visage fermé sans sourire. « J’ai compris. » J’ai glissé une réponse de justesse et pendant un instant la douleur dans mon épaule disparut. J’entendais mon père et le directeur rire. Je ne pouvais pas relever la tête. J’ai regardé les chaussures marrons de mon père et les noires du directeur. Je ne sais pas d’où venait la lumière mais ses chaussures scintillaient. J’avais peur de ce scintillement.

Jungkook – 28 mai 2019

« Quel est votre rêve ? » A ma question, les garçons se sont retournés. « J’ai besoin de remplir ma fiche d’orientation », mentis-je.

« Eh bien », répondit Seokjin, « je ne pense pas avoir de rêve. Si je devais souhaiter quelque chose, ce serait peut-être de devenir quelqu’un de bien ». Il bredouilla la fin de sa réponse comme s’il était gêné.

Yoongi qui était affalé sur le piano a ensuite répondu de manière impassible. « Ce n’est pas grave de ne pas avoir de rêve. Je n’ai pas de rêves. Je vais juste devenir n’importe qui. » Tout le monde se mit à rigoler de sa réponse typique de lui-même.

« Je vais devenir un super-héros. Je sauverai le monde des méchants. » Taehyung grimpa rapidement sur sa chaise et leva son bras en l’air jusqu’à ce que qu’Hoseok le réprimande, « tu vas te faire mal en faisant l’imbécile, descends de là. » Puis il rajouta, « Je veu retrouver ma mère et vivre heureux. Mon rêve est d’être plus heureux que maintenant. » Et il fit un grand sourire. « Est-ce que ça veut dire que tu es malheureux en ce moment ? », demanda Jimin. « L’es-tu ? »

Hoseok fit une drôle de tête en réflechissant à cette question. Puis il demanda à Jimin, « Et toi, quel est ton rêve ? »

« Moi ? », Jimin cligna des yeux comme pris au dépourvu. Il répondit, « Quand j’étais à la maternelle, je voulais devenir Président. Mais maintenant, je ne sais plus trop qui je veux devenir. »

Il ne manquait plus que la réponse de Namjoon à présent. En remarquant que nous le fixions tous, il haussa les épaules et dit, « J’aurais voulu vous dire un truc sympa mais je n’ai pas vraiment de rêves. Je veux juste que la paye de mon petit boulot soit augmentée. »

J’ai acquiescé et regardé la newsletter de l’école. La section des offres de travail était divisée en deux, une pour les élèves et une pour leurs parents.

Qui est-ce que je veux devenir ? Je n’en avais aucune idée.

Yoongi – 12 juin 2019

J’ai séché l’école et suis sorti mais la vérité c’est que je n’avais nulle part où aller. Il faisait chaud, je n’avais pas d’argent et rien à faire. C’est Namjoon qui avait proposé qu’on aille à la mer. Les jeunes semblaient excités à l’idée mais je n’avais pas trop envie d’y aller, sans pour autant détester l’idée. « Vous avez de l’argent ? » A mes mots, Namjoon fit vider les poches de tout le monde. Quelques pièces et des bout de papiers. « Alors nous ne pouvons pas y aller. »

C’est probablement Taehyung qui a dit « On pourrait y aller à pied. » Namjoon lui fit les gros yeux puis tout le monde se mit à bavarder et rire en pensant à leur marche à pied sur les routes. Je n’étais pas d’humeur à répondre alors je suis resté en retrait. Le soleil était écrasant. C’était le milieu de la journée, même les arbres sur le bord de la route n’apportaient aucune ombre et sur la route qui n’avait pas de trottoir, les voitures soulevaient des nuages de poussières en passant.

« Allons là-bas. » c’était encore Taehyung qui avait parlé. Ou bien c’était Hoseok ? Ça ne m’intéressait pas alors je n’ai pas vraiment fait attention mais c’était l’un des deux. J’avais la tête baissée, je me baladais tout en donnant des coups de pied sur le sol, puis j’ai relevé la tête quand je suis rentré dans quelqu’un qui a failli me faire tomber. Jimin se tenait immobile. Il tremblait comme s’il avait vu quelque chose de vraiment effrayant. « Est-ce que ça va ? », je lui ai demandé. Mais j’avais l’impression qu’il ne m’entendait pas. Là où Jimin se tenait, on pouvait voir écrit sur un panneau « Arboretum ».

« Je n’ai pas envie de marcher », a dit Jungkook/ Des gouttes de sueur coulaient sur le visage de Jimin. Son visage était si pâle qu’on aurait dit qu’il allait s’évanouir. Qu’est-ce qu’il se passait ? Je me sentais mal. « Park Jimin », je l’ai appelé mai il n’a pas réagi. J’ai regardé à nouveau le panneau.

« Il fait trop chaud. Pourquoi est-ce qu’on irait dans un aroretum ? Allons à la mer. », j’ai dit platement. Je ne savais pas quel genre d’endroit était cet arboretum mais j’avais le sentiment qu’il ne fallait surtout pas y aller. Je ne sais pas pourquoi mais Jimin avait l’air perturbé.

« On n’a pas d’argent. », me répondit Hoseok. « Alors marchons », rajouta Taehyung. « Si on marche jusqu’à la gare, on finira bien par y arriver d’une manière ou d’une autre. », ajouta Namjoon.

« Par contre nous devrons sauter le dîner. » Jungkook et Taehyung se plaignirent et Seokjin en rigola. Après que tout le monde se soit mis en marche en direction de la gare, Jimin se remit à avancer. Il ressemblait à un petit garçon qui marchait la tête basse et les épaules recroquevillées. J’ai regardé à nouveau le panneau. Arboretum, ces neufs lettres commençaient à s’éloigner peu à peu.

Seokjin – 25 juin 2019

Quelqu’un avait amené et placé un pot de fleurs sur le rebord de la fenêtre de la salle de classe qui servait de débarras. Qui parmi les garçons serait le plus à même de ramener un port de fleurs ? J’ai sorti mon téléphone. La salle de classe était basse de plafond et sombre à cause du manque d’électricité. L’herbe verte faisait un contraste extrême éclairée par les faibles rayons de soleil qui diffusaient à travers les fenêtres sales. La photo que j’ai prise avec mon téléphone ne rendait pas bien. Ce n’était pas seulement à cause du téléphone. Je pense souvent au fait que les photos ne peuvent pas entièrement capturer ce que voit l’oeil humain.

Alors que je m’approchais du pot, je vis la lettre H écrite dessus. Je l’ai soulevé, « pot de fleur de Hoseok » était écrit. Je laissais échapper un gloussement. S’il y a bien un garçon parmi nous tous pour ramener un pot de fleur, c’est bien Hoseok. J’ai reposé le pot de façon à ce que l’écriture soit entièrement cachée, même le H, et j’ai regardé autour de moi. L’encadrement des fenêtres était recouverts de gribouillis, chose que je n’avais jamais remarquée avant. Ce n’était pas seulement l’encadrement des fenêtres mais aussi les murs, le plafond, il y en avait partout. « Réussir ou mourir », des noms d’amoureux, des dates et de nombreux prénoms qui étaient devenus illisibles avec le temps.

Peut-être que cette salle de classe n’était pas un débarras au début. Des étudiants avaient dû aller à l’école, suivre leurs cours et quitter cette salle de classe à la fin de leur journée. Et cette salle avait dû rester vide pendant les vacances d’été jusqu’à ce que les cours reprennent et que les élèves y fassent irruption bruyamment. Y avait-il des élèves comme en retard en classe, qui se faisaient punir et qui séchaient les cours ? Y avait-il des devoirs et des contrôles sans fin, des professeurs qui violentaient les élèves ? Et y avait-il des gens comme moi ?

Quelqu’un qui avait dénoncé ses amis au directeur.

Je me demandais si mon père était passé par ici aussi. C’était son ancienne école. Mon père était du genre à croire que plusieurs générations d’une même famille allant dans la même école apportait de la dignité aux traditions familiales. En regardant tous les noms, je finis par trouver le sien. Juste en-dessous une phrase était écrire : « c’est ici que tout a commencé. »

Jimin – 30 août 2019

Pendant que Hoseokie était sur son téléphone, je m’amusais à frapper du pied le sol recouvert par son ombre. Il glousse et fit une tête qui voulait dire « Park Jimin a tellement grandi ». Il n’y avait que deux heures de marche depuis l’école jusqu’à la maison. Moins de 30 minutes par bus que je pouvais raccourcir à 20 si je prenais la route principale. Mais il insistait toujours pour prendre le chemin qui nous faisait passer par une route sinueuse, une petite colline et traverser le pont. L’année dernière, après être sorti de l’hôpital, j’ai été transféré dans une nouvelle école. L’école était loin de chez moi et je ne connaissais personne. Je pensais que ça irait. Je ne pensais que ce n’était pas si grave, après tout, j’avais déjà changé plusieurs fois d’écoles et je ne savais pas quand est-ce que je serais hospitalisé à nouveau.

Et puis je l’ai rencontré. C’était peu après le début du nouveau semestre. Il m’a abordé nonchalamment et a marché avec moi pendant deux heures. Peu de temps après, j’ai découvert que nos maisons n’étaient pas du tout dans la même direction. Je n’ai pas osé lui demander pourquoi. J’espérais que l’ombre qui avait marché à côté de moi pendant deux heures sous le soleil continuerait de marcher avec moi, ne serait-ce qu’une journée de plus.

Il était toujours sur son téléphone, je donnai un coup de pied sur son ombre à nouveau et partir en courant. Il raccrocha et se mit à me courir après. La glace avait fondu au soleil et le son des cigales titillait mes oreilles. D’un coup, je pris peur. Combien de jours comme ceux-là nous restait-il encore ?

Taehyung – 20 mars 2020

Je courrai dans e couleur et fis un dérapage pour m’arrêter. Namjoonie se tenait devant « notre » salle de classe. La mienne, celle des hyungs et de Jungkook, elle appartenait à nous sept. Je retins mon souffle et m’approchai. Je voulais le surprendre.

« Directeur ! » Au bout de cinq pas, j’entendis une vois pressante filtrer par la mince ouverture des fenêtres de la salle de classe. On aurait dit Seokjin. Je me suis figé. Est-ce que Seokjin était en train de parler au directeur ? Dans notre salle de classe ? Pourquoi ? J’ai entendu mon nom et celui de Yoongi, Namkoon eu un hoquet de surprise. Seokjin ouvrit la porte en ayant entendu ce bruit. Il tenait son téléphone dans la main. Il avait l’air surpris comme pris au dépourvu. Je ne voyais pas le visage de Namjoon. Je me suis caché pour les espionner. Seokjin ouvrit la bouche comme pour se justifier mais Namjoon leva la main et lui dit : « ce n’est pas grave. » Seokjin avait l’air confus.

« Tu dois avoir une bonne raison pour avoir fait ça », dit-il en passant devant Seokjin pour rentrer dans la salle de classe. Je n’en croyais pas mes oreilles. Seokjin avait raconté au directeur ce que Yoongi et moi avions fait ces derniers jours. Il lui a tout raconté, comment nous avions séché les cours, sauté par-dessus les barrières et que nous nous étions battu avec des gosses. Mais Namjoon a dit que ce n’était pas grave.

« Qu’est-ce que tu fais là ? », je me suis retourné surprise, Hoseok et Jimin étaient là. Hoseok fit comme s’il était encore plus surpris que moi et passa un bras autour de mon épaule. Avant que j’ai le temps de réagit, il me poussait déjà dans la salle de classe. Namjoon et Seokjin se retournèrent alors qu’ils étaient en pleine discussion. Seokjin se releva avec précipitation, dit qu’il avait un truc important à faire et partit. J’étudiai le visage de Namjoon. Il regardé Seokjin partit et sourit à tout le monde comme si rien ne s’était passé. A ce moment, une pensée me frappa. Il devait y avoir une raison pour que Namjoon agisse de cette façon. Il en savait beaucoup plus que moi, il était plus intelligent et beaucoup plus mature. Et après tout, c’était notre salle de classe. J’entrai dans la salle en arborant un sourire, sourire dont tout le monde se moquait disant que c’était un sourire rectangulaire. Je décidai que je ne dirai jamais que j’avais entendu cette conversation.

Namjoon – 15 mai 2020

Je traversai la salle de classe qui était devenue un refuse pour nous qui n’avions nulle part où aller, et remis quelques chaises en place. Je redressai le bureau qui était tombé par terre et balayai la poussière avec ma main. Le fait que ce soit la dernière fois rend toujours les gens sentimentaux. Aujourd’hui était mon dernier jour dans cette école. Nous avions décidé de déménager il y a deux semaines. Qui sait, je ne pourrai peut-être jamais revenir ici. Peut-être que je ne reverrai plus jamais les garçons.

Je pliai un papier en deux, le posai sur le table et ramassai un crayon mais je ne savais pas quoi écrire et le temps défilait. Alors que je griffonnai quelques mots insipides, la mine du crayon se casse dans un bruit sec. « Vous devez continuer à vivre votre vie ». Alors que la mine était cassée, je continuai de griffonner sur le papier tâché par les fragments de la mine. Je racontai mon histoire compliquée, la pauvreté, mes parents et mon petite frère, notre déménagement.

Je froissai le morceau de papier, le mettait dans ma poche et me levai. Un nuage de poussière s’éleva alors que je repoussai le bureau. J’allai faire demi-tour pour sortir de la salle, mais finalement me dirigeai vers la fenêtre pour respirer et laissai trois mots. Aucun mot d’adieu ne serait suffisant, aucun mot ne pouvait transmettre tout ce que je ressentais.

« A la prochaine. » Plus qu’une promesse, c’était un voeu.

Jungkook – 25 juin 2020

Je tapai sur les touches du piano recouvrant mes mains de poussière. Je mis de la force au bout de mes doigts et le son qui en sortit n’avait rien à voir avec ce qu’il jouait autrefois. Ça faisait 10 jours qu’il n’était pas revenu en cours. J’ai appris qu’il avait été renvoyé aujourd’hui. Ni Namjoonie, ni Hoseokie ne m’en avait parlé, et je n’arrivais pas à leur demander, comme si j’avais peur de quelque chose.

Un jour, il y a deux semaine, un professeur avait ouvert la porte et était entré dans notre salle secrète, il n’y avait que lui et moi dans la pièce. C’était le jour où les parents visitaient l’école. Je ne voulais pas aller en cours alors sans réfléchir j’étais allé dans notre salle secrète. Il ne s’était pas retourné et avait continué à jouer du piano. J’avais mis deux bureaux côté à côte et m’étais allongé dessus en faisant semblant de dormir. Le piano et lui étaient différents mais ils semblaient ne faire qu’un, je ne pouvais les différencier. Je ne sais pas pourquoi mais l’écouter jouer du piano me donnait envie de pleurer.

Sentant mes larmes sur le point de couler, je m’étais tourné sur le côté mais d’un coup, la porte de la pièce s’était ouverte et le piano s’était tu. On m’avait giflé, j’avais reculé en titubant et était tombé par terre. Je m’étais recroquevillé pour endurer la raclée mais finalement les voix s’étaient tues. J’avais levé les yeux et l’avais vu se mettre entre le professeur et moi qu’il avait repoussé. Je voyais le visage estomaqué du professeur par-dessus son épaule.

J’appuyai sur les touches du piano. J’essayai de reproduire la musique qu’il avait l’habitude de jouer. Avait-il vraiment quitté l’école ? Reviendrait-il un jour ? Il disait qu’il avait l’habitude de prendre des coups. Mais je n’avais pas été là, aurait-il tenu tête au professeur ? Si je n’avais pas été là, est-ce qu’il jouerait encore du piano ici ?

Yoongi – 25 juin 2020

J’ouvris la porte d’un coup, allai jusqu’au bureau et sortis un sac du dernier tiroir. Je retournai le sac et le secouai, une touche de piano tomba dans un bruit sourd. Je jetai la touche à moitié brûlée et m’allongeai sur le lit. Mon coeur bouillonnant de rage ne se calmait pas, ma respiration était saccadée et mes doigts étaient couverts de suie.

Je n’étais retourné qu’une seule fois dans la maison qui n’était plus qu’un tas de ruines à cause de l’incendie, c’était après les funérailles de ma mère. J’étais entré dans sa chambre et j’avais vu le piano qui était devenu méconnaissable tellement il avait brûlé. Je m’étais laissé glisser contre le piano. Alors que la lumière de l’après-midi perçait à travers les fenêtres, je m’étais assis par terre. Les touches du piano gisaient là dans les derniers rayons de lumière. Je m’étais demandé quel son elles produiraient si j’appuyais dessus. Je m’étais demandé combien de fois les doigts de maman les avaient touchées. J’avais pris une touche, l’avais mis dans ma poche et avais quitté la pièce.

Quatre années avaient passé depuis ce jour. Notre maison était silencieuse. Tellement silencieuse que ça me rendait fou. Après 22 heures mon père irait se coucher et à partir de ce moment-là tout devrait être fait sur la pointe des pieds. C’était la règle dans cette maison. c’était dur pour moi de supporter ce silence. Ce n’était pas facile de respecter les horaires et suivre les règles, la formalité non plus. Mais ce que je supportais encore moins, c’était que malgré tout ça, je continuais de vivre dans cette maison. Prendre l’argent de poche que mon père me donnait, manger avec lui, écouter ses remontrances. Même si je lui répondais, que parfois je disparaissais et lui causais des problèmes, je ne pouvais me résoudre à l’abandonner, à quitter cette maison et le laisser seul pour poursuivre mes rêves de liberté.

D’un coup, je me redressai du lit. Je repris la touche de piano dans la poubelle sous le bureau. J’ai ouvert la fenêtre, laissant l’air de la nuit s’engouffrer. Tous les événements de la journée me revinrent en tête comme s’ils avaient été portés par le vent qui me giflait le visage. Je lançai la touche de piano par la fenêtre de toute mes forces. Cela faisait dix jours que je n’avais pas mis les pieds en cours. J’avais entendu dire qu’on m’avait renvoyé. Qui sait, peut-être que maintenant je me ferai expulser de cette maison même si j’en ai pas envie. Je tendis l’oreille mais n’entendis pas le bruit de la touche heurter le sol. Peu importe à quel point j’y réfléchissais, je ne saurai jamais quel bruit elle avait fait en tombant. Peu importe à quel point le temps passe, cette touche ne pourra jamais produire de son. Je ne jouerai plus de piano.

Seokjin – 17 juillet 2020

A la sortie de l’école, le son des criquets remplissait mes oreilles. La cour de l’école était remplie d’enfants riant, jouant et faisant la course ensemble. ‘était le début des vacances d’été, tout le monde était surexcité. Je baissai a tête et traversai la cour. Je voulais juste quitter l’école au plus vite.

« Hyung », je relevai la tête de surprise alors qu’une silhouette apparaissait. C’était Hoseok et Jimin. Ils arboraient un grand sourire et me regardait les yeux plein de malice, comme toujours. « C’est le début des vacances d’été aujourd’hui, tu t’en vas comme ça ? », dit Hoseok en me retenant par les bras. Je répondis juste « oui, oui », marmonnai quelques mots vides de sens et me remis en marche.

Ce qui s’était passé aujourd’hui était juste un accident. Je ne l’avais pas fait exprès. Je ne pensais pas que Jungkook et Yoongie serait dans notre salle de classe à ce moment-là. Le directeur pensait que je les couvrais. Il disait qu’il allait raconter à mon pre que je me comportais mal. Il fallait que je dise quelque chose. Je lui avais raconter pour notre salle secrète parce que je ne pensais pas qu’il y aurait quelqu’un à ce moment-là. Mais ça avait mené au renvoi de Yoongi. Personne ne savait que j’étais impliqué.

« Passe de bonnes vacances hyung ! Je t’appellerai plus tard. » Hoseok lâcha rapidement mon bras et me salua avec encore plus d’entrain exprès, comme s’il avait compris juste en me regardant. Je ne lui répondis pas. Il n’y avait rien à dire. en sortant de l’école, je pensai à mon premier jour ici. J’étais en retard et nous avions été punis tous les deux. Nous en avions rigolé. Ces moments étaient ruinés à jamais à cause de moi.

Hoseok – 15 septembre 2020

La mère de Jimin traversa le service des urgences de l’hôpital. Elle vérifia le nom sur la tête de lit et la perfusion puis enleva le brin d’herbe de l’épaule de Jimin. Je sentais que je devais lui dire pourquoi Jimin avait été amené aux urgences, comment il avait fait une crise d’épilepsie à l’arrêt de bus, alors je m’approchai d’un pas hésitant. C’est seulement à ce moment que la mère de Jimin remarqua ma présence, elle me regarda un moment comme si elle essayait de comprendre quelque chose. Je ne savais pas quoi faire alors je restai en retrait. Elle me dit seulement merci et se retourna.

La fois suivante où elle se tourna vers moi fut quand le médecin et les infirmières déplacèrent le lit et que les suivis. La mère de Jimin me dit merci à nouveau et pressa mon épaule. Plus exactement, elle pose délicatement sa main sur mon épaule et la retira. Mais à cet instant, une ligne invisible nous relia tous les deux. Une ligne forte et solide. Froide et ferme. Mais c’était une ligne que je ne pourrai pas franchir. J’avais vécu dans un orphelinat pendant plus de 10 ans. Ça s’exprimait à travers mon corps, mes yeux, c’était dans l’air. Dans un moment d’inattention, je reculai et tombai par terre. La mère de Jimin me fixa avec un regard vide. C’était une femme petite et très belle, mais son ombre était grande et glaciale. Cette ombre se projetait sur moi alors que je tombai sur le sol des urgences. Quand je relevai la tête, le lit de Jimin était déjà parti, je ne le voyais plus. A partir de ce jour, Jimin ne revient plus à l’école.

Jimin – 28 septembre 2020

J’ai arrêté de compter depuis combien de jours j’étais à l’hôpital. C’est quelque chose que les gens font quand ils ont envie de partir ou qu’ils en ont l’espoir. En regardant les arbres et l’herbes dehors, la tenue des gens, j’avais l’impression que ça ne faisait pas si longtemps. Un mois tout au plus. Parfois je voyais des uniformes d’école, mais maintenant même cette image ne me faisait plus rien. Tout semblait insipide et brumeux, peut-être à cause des médicaments. Mais aujourd’hui était un jour spécial. Un jour à raconter à mon journal intime si j’en avais un. Mais je ne tenais pas de journal intime et je ne voulais pas m’attirer d’ennuis en écrivant ce genre de choses. Aujourd’hui j’avais menti pour la première fois. J’avais regardé le médecin droit dans les yeux et prétendu être déprimé. J’ai dit, « Je ne me souviens de rien. »

Jungkook – 30 septembre 2020

« Jeon Jungkook. Tu es retourné là-bas récemment, n’est-ce pas ? » Je n’ai pas répondu, je suis resté sans bouger en fixant le bout de mes baskets. Il tapa ma tête avec un livre pour ne pas avoir répondu. Je ne répondis pas pour autant. La salle de classe où on se retrouvait avec hyung. Depuis le jour où je les ai suivi et où j’ai découvert cette salle de classe, pas un jour n’était passé sans que je m’y rende. Ils ne le savaient probablement pas non plus. Parfois ils ne venaient pas, trop occupés à voir des copains ou à travailler pour se faire des sous. Parfois je ne voyais pas Yoongi ou Seokjin pendant des jours. Mais moi, je m’y rendais tous les jours. Certains jours, personne d’autre ne s’y rendait. Mais ce n’était pas grave. Si l’endroit continuait d’exister alors les gars finiraient par venir aujourd’hui, demain ou le jour suivant.

« Tu n’as appris que des mauvaises choses en traînant avec ces garnements. » Un coup de plus. Je lui lançai un regard noir. Un autre coup. Je me rappelais de la fois où Yoongi avait été frappé. Je serrai les dents et encaissai. Je ne voulais mentir en disant que je ne m’étais pas rendu dans la salle de classe.

Une fois de plus, je me tenais devant la salle. J’avais l’impression que si j’ouvrais la porte, les gars seraient là. Ils seraient en train de jouer et se seraient retournés en me demandant pourquoi j’arrivais si tard. Seokjin et Namjoon liraient un livre, Taehyungie jouerait à des yeux, Yoongi jouerait du piano et Hoseok et Jimin danseraient.

Mais quand j’ouvris la porte, il n’y avait que Hoseok. Il était en train de récupérer les affaires que nous avions laissées dans la salle. Je me tenais là serrant la poignée de la porte. Il s’approcha et passa un bras sur mes épaules. Puis il me guida vers la sortie. « Allons-y maintenant. »

La porte de la salle de classe se referma derrière moi. Et j’ai réalisé. Ces jours passés ensemble étaient terminés et ne reviendraient jamais.

Hoseok – 25 février 2021

Je dansais sans lâcher du regard mon reflet dans le miroir. Mon reflet s’envolait sans toucher le sol, libéré de tous les regards et des standards de la société. Rien n’était plus important pour moi que bouger mon corps en rythme avec la musique et y mettre tout mon coeur.

J’avais commencé à danser à l’âge de 12 ans. C’était à l’époque d’un spectacle de fin d’année lors d’un voyage de classe. J’avais suivi mes amis et était monté sur scène. Je me souviens encore des applaudissements et des encouragements. Et le sentiment d’avoir été moi-même pour la première fois. A ce moment-là, j’avais seulement réfléchi au fait de bouger mon corps en rythme avec la musique et à m’amuser. C’était l’extase et j’avais compris peu de temps après qu’elle ne provenait pas des applaudissements mais d’une part de moi.

Le moi qui se tient devant le miroir est retenu par de nombreuses choses. Je ne peux pas lever mon pied du sol plus de quelques secondes, je souris même quand je déteste ça ou quand je suis triste… Je prend des médicaments dont je n’ai pas besoin et malgré tout je continue à m’évanouir n’importe où. Alors j’essaye de ne pas quitter du regard mon reflet dans le miroir quand je danse. Ce moment où je deviens vraiment moi-même. Ce moment où tout le poids sur mes épaules s’en va et où je peux m’envoler. Ce moment où je me dis que je peux être heureux. Je fixe mon regard sur ce moment.