Ca passera un jour... : éthéralité gothique et introspection dans "mono" de RM

Article écrit par Colette Balmain et publié sur London Korean Links le 10/03/19. Traduction par #R.

mono de RM Forever Rain est le premier MV de la mixtape

Voici la seconde composition de RM, mono, publiée le 23 octobre 2018, presque 2 ans et demi après la sortie de sa première mixtape, intitulée RM, sortie le 20 mars 2015. mono était accompagnée d’un clip vidéo pour le dernier morceau Forever Rain, ainsi que de vidéos avec paroles publiées respectivement le 23 et 24 octobre pour Séoul et Moonchild. Elle a suivi le précédent album de J-Hope, Hope World, en battant des records pour un artiste soliste coréen, en entrant dans le Billboard 100 à la 26ème place et était en tête des charts iTunes dans 90 pays à ce jour (aux États-Unis et au Royaume-Uni par exemple). C’est encore plus impressionnant que cela, car tout comme les précédentes mixtapes de BTS, mono était disponible gratuitement via DropBox, Google, MediaFire et SoundCloud. mono est composé de sept pistes : Tokyo, Séoul (produit par Honne), Moonchild, Badbye (avec eAeon), UhGood, Everythinggoes (avec Nell) et Forever Rain.

mono de RM, couvertue de la mixtape

 Alors que la mixtape a vu le jour dans les années 1970 en tant que mélange “littéral” de chansons de DJs dynamiques, elle est devenue dans les années 1980 une compilation de chansons. Selon Skinny Friedman (2013), les mixtapes contemporaines ressemblent davantage à des « albums de rue », ce qui les différencie des versions officielles du fait qu’elles n’ont pas besoin de passer par « la recherche et la distribution d’un label de disques standard ».

De manière significative, mono n’est pas annoncée comme une mixtape, mais plutôt présenté comme une playlist au lieu de mettre l’accent sur le flux thématique et le développement des sept pistes et leur interconnexion.

mono est également différente de la première sortie solo de Namjoon, RM, non seulement dans la conception, mais également dans l’exécution. Aucune des pistes n’utilise d’échantillons de chansons préexistantes, contrairement à celles de RM. Au lieu de cela, Namjoon collabore avec des artistes et des producteurs indépendants pour créer des morceaux complexes sur le plan lyrique et sonore. Sur la couverture de mono, “mixtape” est écrite à la main dans le coin supérieur droit. Dans le coin en bas à droite, “playlist” est écrit sous le nom de l’artiste, RM, et avant le titre, mono. En outre, bien que le mot “mixtape” est barré, le mot “playlist” est souligné, signalant le voyage musical de Namjoon de RM à mono en mettant l’accent sur le passé de celle-ci. Tout comme la signification des chansons de l’album est générée par le contraste, la collision et la collusion, l’utilisation de l’écriture en noir sur fond blanc ici et la juxtaposition entre la “playlist” parfaitement écrite et la “mixtape” gommée à la hâte font passer l’identité au premier plan, comme un processus de transition, un processus de transformation et devenir quelqu’un, plutôt qu’un lieu d’être fixe. En effet, alors que la couverture de la mixtape RM porte l’image et l’empreinte de Namjoon, rien n’est visible ici pour ancrer la signification de mono, si ce n’est un espace blanc et une identité à écrire.

 

Intériorité et introspection

album RM de RM

Vraie vie en Noir et Blanc

Les morceaux de mono sont des exercices épars d’intériorité et d’introspection, marqués par le bruit ambiant, les jeux de mots lyriques, le langage figuré et la propension au fatalisme. En opposition directe à ce que l’on pourrait qualifier du fanfaronage traditionnel de rap, RM, mono est caractérisé par une absence de machisme, de langage stéréotypé sexué et d’images associées qui réaffirment la masculinité phallique dans le rap et le hip-hop. Une approche du lyrisme hanté, de la violation des limites (repousser les limites du rap), de la manière pathétique et mélancolique inhérente de mono consiste à adopter le cadre du gothique. Dans le VLive de Namjoon où il parle des processus artistiques de son deuxième album solo, il en parle comme d’un exercice cathartique détaillant sa transformation personnelle du monochromatique à la couleur, marquant son voyage épistémologique du désespoir à l’espoir. Cela se voit, et en effet, il en discute de manière assez détaillée, dans ses choix de mode depuis la première période de BTS jusqu’à la période actuelle. Pourtant, on a l’impression que, malgré l’extérieur coloré de son image actuelle, son identité monochromatique n’a pas complètement disparue. Des images en noir et blanc saturent les paroles et le MV de Forever Rain, qui est la dernière piste de la playlist. En revanche, les paroles de Séoul et de Moonchild sont les deuxièmes et troisièmes titres, utilisant des couleurs, parfois saturées, pour accompagner les paroles. Nous pourrions, si nous le voulions, écouter les pistes dans un ordre décroissant plutôt que croissant, ce qui nous offrirait alors un paysage sonore et visuel qui passe du noir et blanc à la couleur et reflète son parcours personnel. En l’état actuel des choses, Forever Rain suggère la continuation plutôt que la libération cathartique du conflit intérieur et du doute de soi. Il y a une mélancolie qui traverse la playlist, une profonde tristesse exprimée par des refrains mélodiques répétés et des paroles créant un continuum de désespoir dans lequel l’amour de soi est toujours vivant.

 

Seuil/limite et marginalité dans Séoul

 

La playlist commence par Tokyo et, au petit matin, la solitude et l’absence de société humaine amènent à une introspection sur le but de la vie et son sens. Tokyo introduit les thèmes clés qui définissent la trajectoire narrative et le flux musical de mono : une profonde méditation sur la nature de l’existence, à travers l’espace et le temps, signalée par l’omniprésence de la mort qui marque la limite abjecte du sujet. De plus, le décalage entre soi et l’autre qui est une condition préalable nécessaire de la subjectivité (notre existence dépend de l’existence de l’autre, ou en d’autres termes, il ne peut y avoir de “moi” sans “toi”) est absente. Au lieu de cela, les paroles varient entre les pronoms grammaticaux, le singulier “Je” et le pluriel “vous”. Le premier verset se termine par “Est-ce que je me manque ?” / “Est-ce ton visage me manque ?” suivi de quatre répétitions de “je ne sais pas”. L’incertitude ontologique et la précarité du sujet sont développées dans le deuxième verset qui commence par “La vie est un mot que l’on ne peut parfois pas dire / Et la cendre est une chose que nous devrons tous être un jour”. Le mot « cendre » est répété tout au long de la playlist, signifiant que la mort marque les limites de la pensée globale et de la représentation. Le deuxième vers se termine par les mots “Pourquoi est-ce que “l’amour” et “la haine” me paraissent si similaire ?”. C’est une question à la fois philosophique et linguistique qui se répète tout au long de la playlist, soulignant l’utilisation complexe du jeu de mots par Namjoon pour ajouter de la complexité et de la profondeur à son travail. La signification est créée à travers le langage par le contraste entre les binaires, vie / mort, bien / mal, moi / toi, amour / haine et le processus de signification correspondant aligné à la mythologie culturelle. Aux premières heures de la matinée, disloquées temporellement et spatialement de chez elles, les frontières entre ces divisions s’estompent et la clarté du langage s’effondre. Cette crise existentielle rappelle l’affirmation du philosophe français Jean Paul Sartre selon laquelle “la vie commence de l’autre côté du désespoir”, affirmant le choix de l’individu de vivre dans l’imprévu de la vie.

 

Seoul, titre de la mixtape mono de RM

Contradction et conflit dans Séoul

 

Les paroles “pourquoi est-ce que “l’amour” et “la haine” me paraissent si similaire ?” forment également une transition pour le morceau suivant, « Séoul », qui marque le passage d’un espace inconnu (Tokyo) à un espace familier (Séoul). Nous sommes maintenant aux premières heures du matin, heure à laquelle la ville commence à se réveiller de son sommeil nocturne. Namjoon utilise une série de juxtapositions et de contrastes pour souligner la manière dont le pays et la nation fonctionnent comme de puissants marqueurs d’identité, contraignant et contenant le futur du sujet à travers des discours d’appartenance. Ici, “Séoul”, “Soul”, “So” sont des homophones hétérographiques (des mots qui ont le même son mais un sens différent). Ces trois mots, non seulement fonctionnent comme des jeux de mots, mais attirent aussi stylistiquement notre attention sur le langage et la construction arbitraire à travers la contradiction et le contraste. La notion de nation en tant que “construction imaginaire” à travers laquelle l’identité nationale est définie et est rendue complexe par les processus de mondialisation qui menacent d’effacer la différence pour la similitude. Dans le même temps, le flux mondial des cultures et des peuples au-delà des frontières géographiques et imaginaires rend possible la volonté d’échapper aux aspects plus problématiques du nationalisme.

 

Moonchild, titre de la mixtape mono de RM

Désespoir existentiel dans Moonchild

 

Moonchild, le troisième morceau, reprend le refrain existentialiste de Séoul anticipant l’identité future tel qu’exprimé dans le dernier morceau Forever Rain. La lumière du soleil est remplacée par la clarté de la lune à mesure que la nuit approche. Dans l’obscurité, le sujet est en mesure d’échapper aux masques de conformité et de normalité qui doivent être portés pendant la journée. Faisant allusion à la construction cartésienne de la conscience “Je pense donc je le suis” à travers un jeu de mots lyrique, Namjoon souligne que “ne pas penser reste penser” et qu’il n’y a pas moyen d’échapper à la souffrance douloureuse qui donne naissance au sujet. Dans une référence intertextuelle à Love Yourself: Tear de BTS et aux storylines plus larges constituant l’univers de BTS, Namjoon démontre son extraordinaire aptitude linguistique en utilisant des homographes anglais (des mots orthographiés de la même façon, mais différents en fonction du contexte), en glissant entre les deux significations du mot “tear”, soit “déchirer” et “pleurer”. Cela s’exprime à travers les paroles “C’est bien de verser des larmes / Mais ne te déchire pas toi-même”. Le double emploi de “tear” souligne ici la souffrance, la déchirure extérieure est un signe visible de la déchirure intérieure, ou la déchirure de soi à travers la douleur de la conscience existentielle. Namjoon met en avant cet existentialisme à travers les paroles suivantes : “En fait, c’est notre destin, tu sais / vous souriez dans une douleur sans fin, tu sais”.

La piste suivante, Badbye, est la piste la plus courte de mono, étant d’une longueur de 1:48 et est un exercice de retenue qui communique le sens par la répétition. Les paroles “tue moi, tue moi, tue moi doucement” offrent une transition à Uh Good où Namjoon médie sur l’impossibilité de répondre à nos attentes et à celles des autres. Les larmes versées dans Séoul et Moonchild deviennent représentatives du désespoir provoqué par le fossé qui sépare notre identité idéale et notre vraie identité ; cet écart est le fondement même de l’existence selon les théories philosophiques et psychologiques de la construction du sujet, y compris celles de Sartre et de Lacan. Alors que dans les morceaux précédents, il semble que Namjoon parle à un “autre”, il devient clair qu’il parle en fait de la scission du soi entre sujet et objet et peut-être de l’impossibilité d’englober l’authenticité. Le chemin de l’acceptation de soi que la série “Love Yourself” explore est toujours au loin, à l’instar du mirage mentionné dans “Sea” (l’un des deux titres cachés de l’album physique de Love Yourself:Her) dans lequel la transformation de la mer dans le désert est toujours une question de perception intérieure et de réception extérieure.

Everythinggoes, l’avant-dernière piste, nous rappelle que tout va passer, y compris les sentiments d’inutilité et de désespoir, au moment même où le printemps devient l’été. Les paroles sont clairsemées avec “Ça passera (tout va bien)”, recouvrant le rap de Namjoon vers la fin, Everythinggoes capture la nature éthérée de la vie et l’imprévu de son identité. Ici, Namjoon semble faire allusion en partie à la peine de grandir sous les projecteurs des médias dans lesquels les plus petites erreurs sont amplifiées et la douleur ainsi amplifiée également. Pourtant, ce n’est qu’en commettant de telles erreurs et en apprenant d’elles que chacun de nous peut devenir de meilleurs adultes. Il s’agit là d’une référence délibérée intertextuelle à l’album All Things Must Pass (1970) de George Harrison, souvent cité comme premier triple album et premier projet solo de Harrison après la dissolution des Beatles. En outre, cela pourrait être interprété comme un hommage de Namjoon aux Beatles, dont l’album de 1970 est largement considéré comme un second souffle. Jayson Greene, rédacteur en chef de Pitchfork, écrit que “George Harrison a fait ce qu’aucun autre Beatle n’a fait sur All Things Must Pass. Il a changé les termes de ce qu’un album pourrait être” (2016). Ce n’est pas non plus une coïncidence si l’album de Harrison a utilisé la philosophie orientale, renonçant au matérialisme occidental pour une interrogation plus contemplative et introspective du soi tel que défini et confiné par le monde extérieur, et de la spiritualité comme alternative à notre identité narcissique. Avec Everythinggoes et plus généralement avec mono, Namjoon limite la différence entre ses deux rôles, celui du rappeur underground et celui du membre pivot de BTS par cette référence implicite à la tentative de Harrison de redéfinir son identité en dehors des Beatles. La différence ici est cependant que les rôles de Namjoon en tant que rappeur et idole sont considérés comme complémentaires plutôt que contradictoires; alors que beaucoup de chansons de ‘All things must pass’, y compris la chanson titre, ont été composées mais rejetées par les autres membres au cours de ses années avec les Beatles, le contenu solo de Namjoon n’est pas séparé de celui de BTS.

 

Forever Rain, titre de mono de RM

L’univers monochromatique de ‘Forever Rain’

 

Forever Rain, la piste finale et centrale, offre un mouvement circulaire à travers des motifs de répétition. Le clip commence par une seule goutte de pluie, juxtaposée au tic-tac d’une horloge représentant le temps qui passe. Le refrain de ‘ashy world’ renvoie à la lamentation de Tokyo : ‘cendre est ce que nous deviendrons tous un jour’, de la même manière que l’image de la pluie et de l’eau représente une identité dans un flux qui va au-delà des simples binaires et installe à la place des termes au pluriel. Le refrain plaintif, « slow rap, slow rain, everything slow », reflète le passage incessant du temps, exprimant le désir de créer des moments parfaits pour immortaliser le passé. Le parapluie rendu nécessaire par la pluie est considéré comme permettant au sujet de se tenir debout et de respirer, un moment d’immobilité dans la vitesse de la ville et la temporalité qui définit notre identité : “Car le parapluie couvrirait mon visage triste / Car sous la pluie, les gens restent dans leur bulle / Je vais respirer un peu plus lentement / Car ma vie et mon rap sont généralement trop rapides”. La catharsis dont parle Namjoon dans son VLive semble étrangement absente ici. Au lieu de cela, la tristesse et la solitude sont les métaphores dominantes de la vie contemporaine et la place du sujet dans celle-ci, en particulier celle qui vit sa vie aux yeux du public. “Forever Rain” constitue une virgule plutôt qu’un arrêt complet du voyage de soi, qui ne peut être défini que par et par la présence de la mort et de l’absence à laquelle nous retournerons tous un jour.

 

Le gothique éthéré: entre l’être et le néant

présentation de BTS aux MMA 2018

Masques et mirroirs dans la présentation de BTS aux MMA 2018

 

Dans Le gothique et la musique gothique anglaise: Notes sur le répertoire, Charles Mueller affirme que le mouvement gothique dans la musique anglaise peut être compris, du moins en partie, par une référence à la nouvelle sous-culture gothique. Il écrit que le mouvement gothique a apporté “un nouveau sens d’énergie et d’immédiateté au style punk, attaquant et se moquant des structures du pouvoir masculin et s’appropriant des signifiants de l’art, de la littérature et des films gothiques pour créer un effet subversif” (2012, p. 75).

Dans sa vaste étude sur les thèmes gothiques, Mueller souligne que le manque de résolution et de restauration de l’ordre dans la musique gothique refuse le renforcement de la normativité qui est la clé de la forme gothique classique. S’appuyant sur les travaux de Fred Botting, l’un des plus éminents spécialistes du gothique, Mueller définit le gothique comme “un style dominé par l’aliénation sociale, le mépris de soi, les états psychologiques perturbés, le grotesque quotidien, la mélancolie et la fascination, avec morbidité” (Mueller, 2012, p. 75). Il suggère que, grâce à l’utilisation du terme “camp”, la musique gothique met l’accent sur les préoccupations féministes et se moque du pouvoir masculin (Mueller, 2012, p. 78).

Que la KPOP puisse être catégorisé comme un genre (ou un mode) gothique ou non, il existe une transgression des frontières et un accent mis sur la performativité de l’identité par laquelle les normes de genre et de sexualité sont subverties (malgré ou peut-être à cause de la suppression des identités non-hétéronormatives en Corée plus généralement) qui fonctionne certainement dans les codes et les conventions du gothique. Cependant, mono est minimaliste et sobre et, en tant que tel, ne correspond pas à une telle conception de la KPOP comme étant gothique en raison de son caractère inhérent au campement (je pense qu’en insistant sur le fait que la KPOP est un parti, il ne reconnaît pas la diversité du genre et les différentes façons où la musicalité et la créativité sont exprimées au sein de l’industrie). L’engagement de mono avec la banalité de la vie et l’angoisse existentielle est plus proche du gothique éthéré qu’il évite la tendance implicite du camp qui se retrouve dans la musique gothique post-punk immédiate pour son désespoir existentialiste et son fatalisme. Christopher Partridge dans Death, le gothique et la musique populaire: réflexions sur l’importance de la musique populaire écrit que “l’obsession de la vulnérabilité des mortels, qui est au centre de l’imaginaire gothique, est comparable au traitement juvénile de la mortalité dans la musique populaire” (Partridge, 2016, p. 129). Plus loin dans cet article, il développe la question en évoquant la musique populaire gothique comme un “memento mori” qui “nous oblige, en tant qu’auditeurs, à réfléchir de manière brutale au temps qui passe et à l’inévitabilité de notre extinction… » (2016, p. 131). La clé du concept de la musique populaire gothique de Partridge réside dans la présence de l’inconnu (Freud 1919), qui perturbe les distinctions binaires, en particulier celles entre familier et non-familier, et s’exprime à travers l’idée préconçue du gothique entre espace et néant.

Les sept pistes de mono forment une longue méditation sur la banalité de la vie et la douleur existentielle du sujet. Alors que, dans son introspection, Namjoon réfléchit à la vie d’une idole toujours sous les feux de la rampe et dont la moindre infraction peut être rendue impardonnable et mettre fin à sa carrière en raison de la nature normative de l’industrie de la KPOP, mono est également une expérience affective pour l’auditeur, nous obligeant à lever nos propres masques et à faire face à l’abjection en dessous. Comme le souligne Isabella van Elferen, experte mondialement reconnue en musique gothique: “Le gothique oblige ses lecteurs, ses téléspectateurs et ses auditeurs à identifier les fantômes qui les hantent…” (2012, p. 15).

Son écoute m’a rappelé la douleur du passé, le sentiment constant de ne pas être assez bon (pas assez beau, pas assez brillant) quand j’étais jeune et les nuits sombres de mon adolescence marginales. Je pensais à mon début de carrière en tant que secrétaire, où la connaissance que le temps passerait était mon seul mécanisme d’adaptation. Autant que je sache, il est banal de dire que les choses vont s’améliorer et que la vie, aussi difficile soit-elle, est un cadeau à accepter, c’est mon expérience. J’aurais juste aimé savoir cela quand j’étais jeune. Après tout, les fantômes sont notre propre création, ils sont les vestiges de l’imperfection de notre passé et signifient les possibilités de notre avenir qui ne sont pas encore écrites et qui renferment leur promesse, à l’instar de Hopeful Monsters (1985) de Donna Haraway. mono est, en dernière analyse, une chose magnifique et mérite sa place sur les meilleures listes d’album de fin d’année.

Références

  • Botting, F. (2005). Gothique. Londres: Routledge.
  • Haraway, D. J. (1985). Un manifeste pour les cyborgs : la science, la technologie et le féminisme socialiste dans les années 1980 (pp. 173-204). San Francisco, CA: Centre de recherche sociale et d’éducation.
  • Friedman, S (2013) La vraie différence entre un album et une cassette. Noisey.  (consulté le 12/12/18).
  • Greene, J. (2016) George Harrison – Tout doit passer. Pitchfork. (consulté le 12/12/18).
  • Mueller, C. (2012). Gothicism et musique gothique anglaise: notes sur le répertoire. Études gothiques, 14 (2), 74-88.
  • Partridge, C. (2016). Death, le gothique et la musique populaire: quelques réflexions sur l’importance de la musique populaire. Revue Temenos-Nordic de religion comparée, 52 (1), 127-150.
  • Sartre, J. P., Baldick, R. et Sartre, J. P. (1965). La nausée. Baldick, R. (trans). Penguin.
  • Sartre, J.P. (1957). La transcendance de l’ego: théorie existentialiste de la conscience (Vol. 114). Macmillan.
  • Van Elferen, I. (2012). Musique gothique: Les sons de l’étrange. University of Wales Press.
Collecte de bouchons en plastique par les Bouchons d'Amour