Comment la montée des groupes de k-pop met en lumière le sexisme dans la musique

Article écrit par Sofia Scarlat pour Affinity Magazine, publié le 19 février 2019. Traduction #Liviah et #JJ.

La montée des groupes coréens sur la scène occidentale représente une étape importante vers une industrie musicale plus inclusive et ouverte, embrassant des langues et origines différentes, racontant des histoires diverses à travers le monde. Beaucoup ont vu ceci comme une chance d’être enfin entendus et représentés, même si cela ne l’est pas directement mais à travers le réceptacle que le groupe est devenu pour les voix de nombreuses générations. Conjointement à cette influence positive, leur succès a toutefois ouvert de vieilles blessures dans l’industrie, en particulier l’attitude sexiste et condescendante que beaucoup affichent encore aujourd’hui pour le public féminin.

Les femmes fans de tous genres, du R&B au Rap et à la K-pop, sont communément dénigrées et dépeintes comme étant des fanatiques hard-core ignorantes. Au lieu d’être considérées comme n’importe quels autres fans d’un artiste ou groupe, appréciant simplement la musique, faisant leur promotion et les soutenant par le biais des réseaux sociaux, de leur présence aux concerts et par tout autres moyens; elles sont rapidement stéréotypées comme des “groupies”: sans intérêt réel pour la musique et seulement attirées par un artiste ou un groupe pour leurs apparences. Nous voyons souvent des fans être également humiliées pour avoir exprimé leurs émotions pour l’oeuvre d’un artiste, rapidement étiquetées comme des “hystériques”, en dépit du fait que nous avons appris à comprendre combien la musique peut exprimer un message puissant, particulièrement aujourd’hui. Il est difficile de ne pas relier cette mentalité au portrait général des femmes dans notre société, où elle sont dépeintes comme des êtres trop émotifs, dont les sentiments ne sont pas seulement exagérés mais aussi injustifiés.

Si nous avons fait des progrès pour changer les mentalités et la perception faussée des femmes, le sexisme est toujours un problème majeur dans le monde d’aujourd’hui, et les stéréotypes manifestes concernant les fans féminines en est une preuve supplémentaire.

Dans le cas d’un groupe tel que le phénomène global BTS, fans féminines, bien que faisant partie d’une fanbase très diverse à tous points de vue y compris le genre, ne sont pas étrangères à ce genre de traitement, alors ce n’est pas une surprise que beaucoup soient hésitantes à se revendiquer comme fans. Avec le label “boy band” qui a été collé à l’image du groupe, la peur d’être regardé de haut pour quelque chose d’aussi trivial que leurs goûts musicaux est seulement amplifiée.

Alors que beaucoup, spécialement les jeunes générations, trouvent du réconfort dans la musique de BTS qui apporte une réponse aux nombreux défis du passage à l’âge adulte, allant de la santé mentale à la pression de se fondre dans le moule de la société, elles deviennent réticentes à le faire. Nous humilions des femmes et des jeunes filles pour des préférences et des choix personnels, de leur plan de carrière à la musique qui est dans leurs playlists, et nous avons transformé quelque chose d’aussi beau que la musique en quelque chose de sale qui ne peut pas être publiquement apprécié et célébré.

Non seulement ces stéréotypes ont poussé les femmes à éprouver de la honte et à justifier encore un autre aspect de leurs vies personnelles sans aucune raison valable, mais ils les ont également forcé à le faire en argumentant que les artistes qu’elles apprécient ont “aussi des fans hommes”. Soudainement, la capacité à attirer des adeptes hommes devient beaucoup plus importante que le travail réel des artistes, leur talent et leur message. Nous assimilons le fait d’ avoir un public masculin au fait d’être talentueux, et inversement. Ceci soulève cette question : depuis quand les fans hommes sont devenus le standard pour déterminer de la valeur d’un artiste? Il est clair que le soutien des femmes, particulièrement quand il s’agit de l’industrie de la musique, est considéré comme un vote invalide.

Quoiqu’on puisse déplorer de voir cette mentalité projetée sur un fan pour la seule raison qu’elle est une femme, ce n’est pas surprenant. En particulier de la part des médias, plus spécialement lorsque la couverture des groupes – des Beatles et des Backstreet Boys jusqu’au artistes de k-pop aujourd’hui – a ciblé le stéréotype “fans hystériques”, en faisant la publicité à chaque occasion possible. Alors qu’il devrait être de notoriété publique que les accomplissements de groupes tels que BTS sont à des années lumières du titre de “boy band”, en parlant à l’ONU, en lançant une campagne anti-violence, en devenant le seul artiste à rester premier au classement Billboard Social 50 pour une année entière, et devenant récemment le premier groupe coréen à présenter les Grammy’s, cela n’a pas encore arrêté de nombreux organes de presse de poursuivre ce stéréotype.

Prise de son, concert de BTS au Japon.

BTS a un très grand respect et amour pour ses fans, et les membres du groupe apprécient beaucoup l’ambiance de fête que leurs fans amènent à chaque concert.

Quand le groupe a fait une tournée de presse aux Etats-Unis en 2018, ils ont du gracieusement éviter la question: “Quelle est la chose la plus folle qu’un fan a fait pour vous rencontrer?” dans la majorité de leurs interviews. Pendant l’émission “The Ellen Show”, le groupe a aussi été questionné pour savoir s’ils ont jamais séduit une de leurs fans, Ellen allant jusqu’à demander au traducteur d’expliquer ce que le terme “hooked up” signifiait aux membres de BTS déjà très mal-à-l’aise. Avec des organes de presse ayant une telle influence sur la perception du public, il est crucial qu’ils aident à démanteler ces stéréotypes. Au lieu de cela, ils choisissent de profiter d’eux, les rendant encore plus forts.

Il est clair qu’un public de femmes fait encore face à un nombre considérable de réactions violentes pour le simple fait de soutenir des artistes dont elles aiment l’oeuvre, et qu’elles continuent à être humiliées pour exprimer leur appréciation. Si les groupes de K-pop et leurs fans ne sont pas les premiers à faire l’expérience de ce vice flagrant dans notre société, ils sont les plus récents à vivre cette histoire et à devenir la cible d’une mentalité pour laquelle nous ne semblons pas avoir fait beaucoup de progrès pour nous en échapper. Notre façon de traiter les publics féminins est le miroir d’une question urgente dans notre société actuelle que nous devons travailler à modifier, pas simplement dans les fandoms, pas seulement en comptant sur une meilleure couverture médiatique, pas en attendant que ceux qui l’ont mis en place la change – mais en travaillant ensemble, que vous soyez déjà en train de le faire, que vous vous teniez sur le côté, ou bien que vous réalisiez maintenant que vous êtes complice du problème.

Le tweet ci-dessous résume bien la position des ARMYs quant aux articles et aux reportages qui brossent un portrait faux et stéréotypé sur la partie féminine du fandom.

Comments
  • Ninon N

    Elle a complètement raison, il suffit qu’un média soit catalogué « pour fille » pour qu’automatiquement ce soit vu comme nul (voir le lynchage du fandom de Twilight). Je n’avais d’ailleurs pas envie de suivre un boys-Band quand je voyais Yann Bartès se moquer des fangirls de Tokio Hotel ou les One Direction, mais j’ai réussi à PASSER outre.