Intersections (by Art Basel) - Namjoon

Traduction de l’anglais par #Elwen

Namjoon - Art Basel

Interview de Kim Namjoon (RM) par Marc Spiegler

 

Marc : Namjoon Kim, bienvenue à Intersections

Namjoon : Bonjour !

 

Marc : Dis-nous où tu es aujourd’hui. Juste pour donner un cadre à nos auditeurs.

Namjoon : Je suis à Séoul, car je vis en Corée du Sud, à Séoul, et ici il est 19h. Je suis dans mon studio, le studio du label, mon petit studio dans lequel il y a une petite peinture accrochée là-bas. Voilà.

 

Marc : Commençons par le commencement. J’ai lu, pendant que je préparais l’interview, que tu as découvert Eminem grâce à un de tes professeurs d’école. C’était probablement le début de sa carrière [à Eminem].

Namjoon : J’avais 13 ans quand j’ai écouté Eminem pour la première fois, il me semble, et c’était la chanson “Without Me”. C’était le film, bien évidemment, 8 Mile, qui a été un succès ; et pour un adolescent, son rap, son attitude et le jeu d’acteur qu’il a montré dans le film a été sensationnel. Je me suis dit, “oh je veux devenir comme lui, bien rapper en anglais comme lui, faire des cypher, écrire mes propres paroles, etc”. Mais avant tout ça, ce qui est marrant, c’est que quand j’avais 10 ans et que j’étais à l’école primaire, je voulais vraiment devenir un poète ou un écrivain. Alors, en découvrant Eminem et Nas, mon rêve de devenir un poète a naturellement évolué en devenir un rappeur.

 

Marc : Dis-moi, parce que je pense que c’est une industrie plutôt complexe en Corée, comment tu es entré dans l’industrie musicale ? As-tu directement eu du succès ? Quand as-tu commencé ?

Namjoon : Okay. Alors, j’ai connu Eminem et Nas à 13 ans, et à partir de l’âge de 14 ans j’ai commencé à écrire mes propres paroles. Il existait une communauté en ligne, des musiciens amateurs et des rappeurs qui mettaient en ligne leur musique et paroles. C’était assez mauvais mais c’était aussi très pur, alors j’ai rejoint cette communauté et j’ai montré mon travail. C’est comme ça que j’ai commencé ce hobby. Puis j’ai eu 16 ans et je voulais juste entrer dans l’industrie, comme vous l’avez dit, entrer dans un label underground coréen. Alors j’ai envoyé mon “CV”, ma musique, et j’ai été sélectionné mais l’épreuve de test finale était une vraie performance live avec des musiciens. Mais j’avais juste 16 ans et j’ai oublié mes paroles une fois sur scène, j’étais tellement stressé alors j’ai été nul. Je me suis dit : “ohlala je n’ai vraiment aucun talent pour le live”. Dans un studio, je pensais que j’avais du talent, que j’étais bon mais la scène c’est une toute autre chose. Alors après tout ça je suis entré au lycée, j’ai coupé mes cheveux et je me suis dit que c’était ça mon truc : étudier et être un bon élève. Mais le destin est marrant parfois, car à cette performance ratée, il y avait un rappeur coréen connu qui m’a vu. Il s’est moqué de moi parce que j’avais oublié mes paroles mais je pense qu’il a vu mon potentiel à ce moment-là et il m’a appelé plus tard. Il m’a parlé de cette compagnie, HYBE [appelée Big Hit Entertainment à l’époque], et de son PDG, Mr Bang, qui cherchait des jeunes gens qui écrivaient leurs propres paroles et aimaient rapper. Je lui ai dit que j’avais déjà abandonné [le rap] mais sans rien dire à mes parents, je l’ai rencontré en secret et tout a commencé comme ça.

 

Marc : Quel était son nom ?

Namjoon : Sleepy haha

 

Marc : Donc si Sleepy ne t’avait pas appelé, tu serais devenu, qui sait, un homme d’affaires ?

Namjoon : Peut-être un homme d’affaires comme mon père, j’imagine.

 

Marc : La peur de la scène peut toucher n’importe qui mais, heureusement, ta peur n’était pas du tout définitive. Alors est-ce que c’était ça tes premiers pas dans BTS, le groupe dont tu es maintenant le leader, ou est-ce qu’il y a eu des étapes intermédiaires ?

Namjoon : J’ai été le premier membre de BTS. Mr Bang, notre PDG, a commencé le groupe avec moi, il voulait que je sois le premier membre et son leader, celui qui commencerait le groupe. Voilà comment ça s’est passé. Pour BTS, nous avons commencé en tant que trainees et nous étions au moins une trentaine mais beaucoup ont abandonné et maintenant, parmi la trentaine du départ, nous sommes sept membres dans cette équipe. Nous avons débuté en juin 2013, il y a 9 ans, et nous avons vécu ensemble jusque là, donc ça fait un total de 12 ans pour la totalité du parcours.

 

Marc : Je pense qu’on peut dire que pour la première moitié de ces 12 années, BTS était un phénomène surtout en Corée et en Asie mais ensuite vous avez fait une incroyable percée en termes de réseaux sociaux, classements Billboards, etc… Quelque chose s’est passé à un moment. Je suis curieux de savoir ce qui s’est passé. Qu’est-ce qui a fait que BTS est passé de phénomène majoritairement coréen à phénomène mondial ? Qu’est-ce que vous avez ressenti en devenant soudainement des stars internationales ?

Namjoon : Quand on regarde BTS, on doit aussi voir les fans, ARMY, car ils sont l’autre moitié, la deuxième aile de l’équipe. Ils sont très spéciaux et cela va au-delà du simple enthousiasme. Ils ont envoyé des lettres aux DJs américains pour faire passer nos chansons à la radio car c’est un facteur très important pour les classements Billboard. Alors je pense que c’est arrivé grâce à ces gens et à leur amour. Être dans l’œil du cyclone est vraiment bizarre, et l’Art, surtout les beaux-arts, m’ont beaucoup aidé à ne pas trop perdre la tête pendant tout ce temps.

 

Marc : C’est une transition intéressante pour cette conversation car la raison pour laquelle tu es dans ce podcast, c’est parce que tu es devenu très impliqué dans les arts visuels que ce soit en tant que collectionneur ou influenceur, et surtout en tant que supporter de la scène artistique coréenne. Alors comment ça a commencé ? Est-ce que c’était à cette période, vers 2017-2018, que tu as été attiré par les beaux-arts ? Est-ce que tu te souviens comment ça a commencé ?

Namjoon : Oui je me souviens comment ça a commencé. C’était en 2018, il y a seulement 4 ans. En fait, j’avais beaucoup de temps libre quand nous étions en tournée en Amérique ou en Europe. Les clubs ce n’est pas trop mon truc et je n’avais pas vraiment d’amis à l’étranger alors la plupart du temps je restais à l’hôtel où je regardais youtube ou netflix et je m’ennuyais beaucoup. Un jour, je me suis demandé s’il y avait un endroit où je pouvais aller [passer le temps] et je me suis dit “pourquoi ne pas aller au musée ?”. Le premier où je suis allé est le Chicago Art Institute en 2018. J’y suis allé et j’ai vu les incroyables peintures qu’ils ont de Seurat, Monet ou Picasso, des artistes que je connaissais déjà avant d’entrer dans le monde de l’art. C’était la première fois pour moi car il n’y a pas de tels musées ou endroits en Corée où on peut voir les peintures de ces artistes. J’ai ressenti une excitation car ils sont tous morts mais en 2018, un étranger de Corée du sud dans cet endroit a pu voir leur empreinte, des morceaux de leur époque et ça me donne encore des frissons. J’étais si jaloux. “Quel est cet art ?” “Quelle est cette peinture ? Cette couleur ?” “Qu’est-ce qu’ils veulent dire ?”

Cette expérience m’a beaucoup intéressé et j’ai eu de nombreuses occasions de visiter tous les musées connus car j’étais toujours dans les grandes villes comme Paris, New York, Los Angeles, etc…

 

Marc : C’est intéressant Namjoon, tu ne le sais probablement pas mais je suis de Chicago. Alors le Chicago Art Institute a été aussi un de mes premiers musées.

Si je peux relier ces histoires ensemble, on peut dire qu’il y a eu ce moment où, non seulement tu as la pression sur les épaules qui est inhérente au fait d’être une star internationale, mais tu as aussi l’opportunité de visiter des musées dans le monde entier car tu fais des tournées internationales. Dis-moi comment les choses ont évolué par rapport à ton implication grandissante dans le monde de l’art. Y a-t-il eu des moments particuliers qui t’ont poussé un peu plus loin [dans le monde l’art] pour en arriver où tu es maintenant ?

Namjoon : LE moment de 2017, les BBMAs, était incroyable et c’était il y a 5 ans. Avec le temps, nous avons été impliqués dans des cérémonies ou émissions majeures de l’industrie comme les Grammys, les BBMAs, les AMAs, CBS, NBC, Jimmy Fallon, Jimmy Kimmel, the Ellen show, etc. Tout ceci était sur ma liste de choses à faire avant de mourir quand j’étais jeune. De pouvoir voir de mes propres yeux les Grammys et rencontrer de grands artistes comme Drake ou même Nas, qui est mon idole, tous ces gens que l’on voit toujours à la télé ou sur Youtube. C’était vraiment incroyable mais ironiquement, je pense que c’est en Amérique que j’ai vraiment reconnu mes racines coréennes. J’ai réalisé qui j’étais en tant que coréen dans cet hôtel à Los Angeles. Je ne pourrais pas quitter mon pays, plus le temps passe et plus mon pays me manque, ma maison, mes amis. Et au début je me suis demandé pourquoi je ne pouvais nommer aucun artiste coréen dans les arts visuels. Je connaissais les noms de centaines de musiciens coréens mais je ne connaissais pas un seul nom de peintre coréen. Alors quand je suis rentré en Corée, j’ai commencé à visiter de nombreux musées. La Corée du sud est un petit pays alors il n’y a pas beaucoup de musées ou de grandes galeries mais quand j’ai du temps libre, j’essaie toujours d’aller en visiter. J’ai commencé à faire des recherches, “Y a-t-il des artistes coréens que je peux respecter ou qui peuvent m’inspirer tels des grands frères ou des pères dans ce monde de l’art ?”.

 

Marc : Quelle est la première œuvre d’art que tu as achetée ?

Namjoon : Je l’ai achetée aux enchères, c’est une peinture d’un artiste coréen. Une petite montagne peinte en 1976, le peintre s’appelle Dae Won Lee et il est connu en Corée. On pourrait dire qu’il fait de l’impressionnisme, probablement. Je l’ai d’abord étudié, je l’ai apprécié et donc je l’ai simplement acheté. Quand je l’ai accroché sur mon mur, j’ai compris ce que signifie ”faire une collection” et vouloir remplir les murs. C’était vraiment bizarre mais aussi assez spirituel pour moi, et ça l’est encore.

 

Marc : Pour revenir un peu en arrière, nous avons commencé par parler musique et maintenant nous parlons d’art. Je suis curieux de savoir comment tu penses que ton implication dans le monde de l’art t’as influencé en tant que musicien et créateur ?

Namjoon : J’aime beaucoup utiliser des expressions. Je n’aime pas diviser le monde de l’art mais quand je vois les peintres et autres artistes de l’art visuel, la plupart sont devenus célèbres après leur mort. Alors quand je regarde les artistes et leur travail… Pour un artiste des beaux-arts ou des arts visuels, c’est un travail de longue haleine, sur une très longue durée. Parce que l’artiste va peindre ceci à la vingtaine puis il va changer son style à la trentaine et ensuite il va se mettre à la sculpture à la quarantaine, etc. Donc quand je les regarde, je me dis que je peux être courageux parce que j’ai 29 ans en Corée du sud et quand on atteint les 30 ans, c’est une autre histoire. C’est toujours jeune, je suis toujours un jeune homme mais dans le monde des boybands, passer la trentaine est vraiment différent dans le monde de la Kpop. C’est vraiment triste mais c’est un fait et je me demande, “Okay, est-ce que je suis à mon pic ? Est-ce le meilleur moment de ma vie ?”. Parce que j’ai seulement 29 ans et je pourrai peut-être vivre jusqu’à 100 ans alors c’est vraiment triste si j’ai véritablement atteint mon pic. J’aimerais que ce soit beaucoup plus long.

 

Marc : C’est intéressant Namjoon parce qu’au début nous avons parlé du fait que tu es rentré dans le monde de l’art en partie à cause de votre popularité fulgurante et du fait de devenir une star internationale. Mais ce que tu dis ici, c’est que maintenant que tu as presque atteint ce que les gens considèrent être la date d’expiration d’un boyband ; le fait de voir ce qui se passe dans la carrière de ces artistes coréens des beaux-arts t’encourage à voir plus loin, à penser sur le long terme.

Namjoon : Oh, c’est un très bon résumé !

 

Marc : Et donc ma question est : qu’est-ce que ça te donne envie de faire ? Puisque par définition tu ne peux pas faire partie d’un boyband [littéralement : groupe de garçons] pour toujours puisqu’au bout d’un moment tu n’es vraiment plus du tout un garçon. Je suis curieux de savoir si tu as des idées sur comment réussir à avoir de la longévité.

Namjoon : Je pense que ça a déjà commencé avec ma collection d’art. J’ai cette pensée, “Okay, j’ai ces précieuses oeuvres dans ma maison que je vois tous les jours, je me réveille face à elles tous les matins alors il faut que je sois la meilleure version de moi-même comme elles. Je ne veux pas qu’elles aient honte de moi. » C’est une info assez privée mais c’est plutôt marrant. Ça me donne vraiment un standard pour devenir un adulte et un homme meilleur, et parfois aussi un meilleur artiste. Je veux juste faire de la musique qui serait comme les morceaux intemporels que j’admire. Je sais que c’est bizarre de dire le mot “intemporel”, de parler d’impact à très long terme parce que je suis trop jeune pour courir après l’éternité. Mais je pense que ça va vraiment m’aider pendant ma trentaine et ma quarantaine d’avoir conscience de ça.

 

Marc : J’ai l’impression que ce que tu dis c’est qu’en t’entourant de nombreux artistes, dont beaucoup sont morts tout en étant toujours considérés commes des génies aujourd’hui, tu crées une sorte de référence visuelle autour de toi pour ce que tu essaies d’atteindre. J’imagine que je dois poser cette question. Imagines-tu qu’un jour il y aura un musée privé Namjoon Kim en Corée du sud ?

Namjoon : Alors un musée c’est assez compliqué, il faut des conservateurs, des expositions, etc. 

C’est la première fois que j’annonce ça mais je prévois sérieusement de créer un petit espace avec ma propre collection privée. Avec peut-être un café au rez-de-chaussée et ma collection répartie sur le premier et le deuxième étage pour que les gens aient toujours accès à la collection quand ils auront envie de la voir.

Quand les touristes viennent en Corée, et c’est valable aussi pour les coréens, on ne peut pas voir les grands artistes coréens car il n’y a pas beaucoup de musées ou galeries pour l’instant. Je veux juste créer ma propre galerie un jour.

 

Marc : C’est intéressant car les réseaux sociaux ont évidemment une grande place dans notre vie de nos jours et avec ton pouvoir sur les RS, le fait que tu postes sur Instagram beaucoup de photos d’œuvres d’art ou de musées, te rends-tu compte que les gens te suivent [au sens figuré] ? Quand tu vas dans un musée ou que tu montres le travail d’un artiste, tes fans se rendent aussi ensuite dans ces musées ou deviennent curieux à propos de ces artistes. Tu as cette capacité d’amplifier presque tout ce à quoi tu t’associes publiquement.

Namjoon : Je suis tellement reconnaissant aux fans qui admirent mes posts et mes goûts. Je pense que mes publications et mon compte instagram sont quasiment déjà une curation. Je publie toujours ce que j’ai vraiment aimé dans le musée ou l’exposition ou la galerie, et les fans visitent après que j’ai posté. C’est vraiment super que les gens puissent apprécier les goûts d’une personne et ensuite aller sur place pour visiter les musées, voir les œuvres d’art. Si 300 personnes voient la même œuvre, ils auront 300 émotions différentes. Un jour j’espère pouvoir partager mes pensées à propos de l’art et de ma collection.

 

Marc : Pour approfondir un peu la conversation, quand on regarde BTS, ou le film Parasite, ou Squid Game, ou je ne sais quoi, le mouvement qui existe depuis les années 70 et qui est devenu majeur depuis 4 ou 5 ans sur le marché, on se rend compte que ce sont tous des moments forts pour la culture coréenne à l’étranger. Et je me demande si tu as une idée de pourquoi ?

Namjoon : La Corée est un pays étrange, unique et intéressant car on a eu une guerre horrible dans les années 50 qui a abouti à la séparation du nord et du sud ; c’est vraiment un petit pays. Dans les années 60, nous étions un pays qui recevait de l’aide de la part des autres nations. Mais 50 ans plus tard, nous avons inversé la tendance en apportant de l’aide à ceux qui nous aidaient auparavant. Je ne peux pas affirmer les caractéristiques des coréens, je ne peux pas les définir, mais en tant que coréen moi-même, je pense que nous sommes passionnés à l’intérieur. Nous avons notre propre énergie qui nous est spécifique et qu’on appelle le “Han”, on ne peut pas vraiment le traduire en anglais. Mais après la guerre dont nos grand-parents et parents ont été victimes, ces 70 années ont construit la Corée de 2022 que nous connaissons aujourd’hui.

 

Marc : Alors pour toi c’est comme une sorte d’impact différé, ce type d’attention…

Namjoon : Oui, nous avons vraiment eu le bénéfice et les avantages des nouveaux médias comme Youtube, Netflix et surtout les réseaux sociaux parce que tout ce que nous avons à faire c’est d’appuyer sur un bouton de notre télécommande pour lancer Netflix et on a accès à toute une série de films et dramas coréens. Je pense que ça crée une marque de fabrique donc quand les gens s’intéressent à ce qui est coréen, ils se disent “Okay, j’aimerais regarder un truc coréen “. Je trouve ça incroyable et je crois que c’est le pouvoir de la culture.

 

Marc : Ce qui est intéressant, c’est que la Corée en elle-même a sa propre marque de fabrique culturellement parlant et elle est très importante. Le fait que quelque chose soit coréen fait que les gens y prêtent attention, je pense que c’est un nouveau développement intéressant.

Namjoon : J’ai conscience de cette mouvance et je ressens une grande responsabilité en tant que personne faisant partie de cette mouvance. 

 

Marc : Si on parle plus spécifiquement, quand tu as découvert le hip-hop, c’était un import de l’Amérique vers la Corée. Et maintenant, 12 ou 15 ans plus tard, tu fais partie d’un export majeur de la Corée vers l’Amérique. La tendance s’est donc inversée. Est-ce que ça te fait bizarre que des gens qui ne parlent pas coréen soient très fans de vous et qu’on te propose de faire des collaborations avec des gens comme Lil Nas X ? C’est complètement différent, maintenant la culture coréenne se répand en Amérique qui était le continent d’où tout était parti.

Namjoon : C’est vraiment curieux parce que nous ne nous attendions pas du tout à ça. On ne savait pas qu’il allait y avoir un monde Youtube ou un monde Netflix en 2022. Je ne m’y attendais pas du tout. Quand nous allons en Amérique ou en Europe, ce qui surprend surtout les gens à notre propos, ce sont les concerts. Il y a de nombreux stades et nous faisons généralement quatre concerts à guichets fermés dedans. Il n’y a que très peu d’artistes dans le monde, américains et européens compris, qui sont capables de remplir quatre fois un stade en Amérique, en Europe ou en Asie. “Qui sont BTS ? Comment peuvent-ils remplir quatre fois un stade pour leurs concerts ? Qui sont-ils ?”

C’est vraiment toujours très bizarre pour nous. Je me comporte comme un musicien, je me comporte comme une star sur la scène mais en-dehors de la scène, quand je rentre en Corée et que je retourne dans mon petit studio, je suis juste un collectionneur. Je vais sur Artprice ou Artnet [sites internet sur l’art et les enchères], je regarde les infos, je mange du bulgogi avec mes amis, et c’est tout. La majorité de ma vie ressemble à ça. Donc c’est vraiment curieux et bizarre pour moi parce que je suis juste un gars qui vient d’un petit pays qui s’appelle la Corée. Alors oui, c’est vraiment différent mais c’est vraiment sympa et j’ai tellement de chance de pouvoir vivre ces deux types de vies différentes. C’est un peu comme si je tournais un film.

 

Marc : Beaucoup d’artistes, quand ils deviennent populaires et qu’ils commencent à avoir beaucoup d’engagement et d’attention, ressentent le besoin de changer leur façon de créer. Je suis curieux de savoir comment tu cultives ta façon de créer, quels sont tes trucs, tes rituels ? Comment trouves-tu la place de créer quand tout le monde semble vouloir que tu te produises tout le temps sur scène ?

Namjoon : Je veux vraiment être calme et je veux juste créer ma propre musique sans me préoccuper du reste. Faire partie d’une équipe signifie qu’on doit sacrifier notre propre âme, notre propre personnalité, on doit l’éliminer parce qu’il y a sept personnalités différentes et que nous avions 18 ou 19 ans quand nous avons débuté avec ce groupe. Mais maintenant nous avons bientôt la trentaine, nous sommes devenus des hommes et des adultes alors nous avons des caractères différents et peut-être une vision des choses pour l’avenir différente. BTS est toujours très important pour moi, c’est la plus grande partie de moi. Mais garder cette intensité avec l’équipe m’a facilement fait oublier qui j’étais et pourquoi j’avais commencé tout ça. Je veux juste me remémorer qui je suis, pourquoi j’ai commencé tout ça, ce que je peux faire par moi-même. Pour ma trentaine, je veux juste découvrir une façon d’exister qui soit à mi-chemin entre RM, le membre et leader de BTS, et Namjoon Kim lui-même.

 

Marc : Je pense que c’est le moment parfait pour arrêter cette interview mais évidemment nous avons nos deux questions signature. La première est, quelle est la première œuvre d’art que tu te rappelles avoir vu ?

Namjoon : C’était Monet, Le Déjeuner. Je pense que c’est l’une des premières œuvres que j’ai vu mais c’est surtout mon premier coup de cœur artistique.

 

Marc : Et la deuxième, quelle est la dernière œuvre qui t’a émue et pourquoi ?

Namjoon :  Ce n’est pas une œuvre spécifique mais un artiste : Philip Guston. Je me suis senti vraiment attiré par ses couleurs rose-rouge pour la première fois. Je ne savais pas qu’il avait commencé sa carrière en tant que Expressionniste Abstrait comme Rothko ou Pollock, il était un membre important de ce mouvement. Contrairement aux autres, il a courageusement changé tout son univers. J’ai entendu dire que beaucoup de gens s’étaient moqués de lui en lui demandant pourquoi il avait changé son style, disant qu’il avait trahi le mouvement. Mais je pense que s’il n’avait pas changé son style, il serait resté un simple membre du mouvement de l’Expressionnisme Abstrait, un simple ami de Rothko ou Pollock. Mais parce qu’il a changé son style et qu’il a courageusement affronté les problèmes et les traumatismes de sa jeune vie, il a pu devenir Guston lui-même. Il est Philip Guston, pas un simple membre d’une mode ou d’une époque. Je suis tellement impressionné qu’il ait fait ça car c’est tellement différent par rapport à ses 50 ou 70 ans.

 

Marc : C’est une superbe réponse, je ne sais pas si tu en as conscience mais ça nous renvoie à beaucoup de choses dont on a parlé. La notion de “que faire quand on est populaire et qu’on fait partie d’un mouvement ? Que faire pour devenir unique, pour créer un héritage, pour maintenir son impact dans le monde ? ».

Namjoon c’était merveilleux, quelle belle façon de terminer cette interview. Merci beaucoup pour ton temps et de nous avoir parlé avec ton cœur.

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