Interview J-Hope - Rolling Stone

Article écrit par Brian Hiatt pour Rolling Stone  publié le 14 mai 2021. Traduction par #Elvira.

J-Hope parle de son passage à l’âge adulte au sein de BTS,
de sa nouvelle mixtape et bien plus encore.

❝  Nous voulions créer de la musique qui puisse donner de la force.  ❞  dit J-Hope, dans notre tout premier article de notre série de numéros numériques avec BTS en tête d’affiche.

L’un des nombreux fans de BTS, le présentateur du Late Late Show James Corden, a déclaré que le groupe est “au fond, une force du bien.” Avec son sourire à fossettes, son attitude chaleureuse, et sa présence féroce sur scène, le rappeur, danseur, l’auteur-compositeur et producteur de musique de 27 ans, J-Hope, incarne la combinaison parfaite de la gentillesse et d’un talent exceptionnel au sein du groupe ; même son choix de nom de scène respire la positivité. Dans cette première interview réalisée par Rolling Stone sur les sept membres de BTS, J-Hope est revenu sur les débuts du groupe, a réfléchi sur son future musical, et bien plus encore. Il a parlé depuis un studio du label du groupe, HYBE’s Big Hit Music, situé au siège de Séoul, portant un manteau kaki par-dessus un tee-shirt blanc vif. Son énergie était contenue par rapport à ses interviews télévisées, mais son puissant sourire n’était jamais bien loin.

Vous êtes-vous réveillé et venu directement ici, ou alors avez-vous eu la possibilité de faire quelque chose ce matin ?

Je suis allé aux toilettes ! [rires]

Alors, qu’avez-vous appris sur vous-même au cours de cette année de pandémie ?

C’était une opportunité pour apprendre à quel point nos vies ordinaires étaient si précieuses. J’ai dû réfléchir à comment ma vie devait se poursuivre et comment je devais rester calme et concentré malgré ces temps difficiles. C’était surtout un temps mis à profit pour réfléchir sur moi-même.

Et qu’est-ce que vous avez retenu de cette réflexion ?

La conclusion que j’ai pu en tirer, c’était que je devais faire ce que je sais faire de mieux . Le temps passe et la vie continue son cours, et nous devons simplement continuer à faire de la musique et des performances. J’ai seulement pensé que je devais créer de la musique qui pourrait apporter du réconfort et une once d’espoir aux autres. Vous savez, nous sommes que des humains, des personnes comme les autres. Alors nous ressentons la même chose que n’importe qui d’autre. Nous voulions simplement créer de la musique et faire des performances auxquelles les gens peuvent s’identifier et qui peuvent leur donner de la force.

Ce que vous dites me fait penser au message véhiculé par  “Life Goes On”, qui est une chanson magnifique.

Cette chanson nous est venue à l’esprit lorsque l’on réfléchissait à ce que nous pouvions faire durant cette période, pendant cette pandémie de COVID. .Il s’agit d’histoires que nous pouvions raconter à ce moment-là . Cela nous a motivé à vraiment parler entre nous, sur ce que nous ressentions. Donc je pense que c’est une chanson très importante.

J-hope photographié à Séoul le 6 avril 2021.

Photographié par Hong Jang Hyun pour Rolling Stone. Sous la direction artistique Alex Badia. Le manteau et le bas par Fendi ; la bague par FOLT ; le collier par Wilhelmina Garcia.

Dans certaines de vos paroles de chansons, vous aviez révélé qu’il y a parfois de la tristesse derrière ce sourire que tout le monde adore. Comment faites-vous pour jongler entre  la positivité que vous présentez au monde entier et les émotions les plus complexes que vous avez pu vivre dans la vraie vie ?

Les choses sont tellement différentes de ce qu’elles avaient l’habitude d’être avant. J’essaye simplement d’être moi-même. Je pense que c’est ce qui me met le plus à l’aise. Tout le monde a, comme vous le savez, des facettes différentes de ce qu’on peut montrer. Bien évidemment, j’ai une charge et une pression à porter en tant qu’artiste. Je les prends juste pour ce qu’elles sont. J’essaye simplement de montrer que je vais surmonter ces difficultés.

Si j’exprime ce genre de choses, je pense que ça me donne aussi une sorte de réconfort. Nous avons toujours communiqué avec nos fans depuis que nous sommes devenus des artistes, mais maintenant je pense que c’est devenu plus confortable et naturel. Avant, nous avions essayé de ne montrer que le bon côté, la meilleure facette de nous-même. Comme mon nom est J-Hope, j’ai essayé seulement de montrer la plus lumineuse de mes facettes et celle du groupe aussi. Mais avec le temps qui passe, personne ne peut toujours ressentir les mêmes choses, alors j’ai aussi ressenti d’autres émotions. J’ai essayé d’exprimer ces émotions à travers la musique ou le dialogue, pour les exprimer d’une belle manière .

Une de vos chansons s’appelle « Outro : Ego ». A quoi avez-vous pensé quand vous l’avez écrite ?

Ca concerne surtout mon introspection , réfléchir à qui je suis, mon égo, comme le nom l’indique. C’est à propos de la vie de Jung Ho-seok [le vrai nom de J-Hope] en tant qu’individu, et la vie de J-Hope. Et la conclusion que j’ai trouvé  à partir de cette réflexion intérieure, c’est que je crois en moi-même, et je crois en qui je suis, et c’est mon identité. Donc, ce sont les défis auxquels j’ai fait face, je continuerais d’y faire face et je ferais des nouvelles choses en me fiant à qui je suis.

En 2018, vous avez sorti la mixtape Hope World, ce qui est considéré comme un accomplissement majeur pour un artiste. Quels ont été vos meilleurs souvenirs pendant la réalisation de ce projet ?

Vous savez, avec le recul, je pense que c’était vraiment beau, pur et innocent d’avoir pu réaliser de telles musiques à ce moment-là. Quand je travaille sur de la musique maintenant, j’ai l’opportunité de revenir sur ces émotions et de me dire “Oh, c’était le bon vieux temps.” Je pense que ça a donné une bonne influence à la musique sur laquelle je travaille en ce moment. A travers cette mixtape, j’ai beaucoup appris, et je pense que ça a tracé le chemin que je veux maintenant prendre en tant qu’artiste, en tant que musicien. Je suis simplement reconnaissant que tant de personnes aient aimé ma mixtape. J’ai l’intention de continuer à travailler sur de la musique et d’essayer de montrer aux gens un style propre et unique à J-Hope.

Que pensez-vous d’une deuxième mixtape ?

En ce moment, mon but premier est d’être inspiré et de faire de la bonne musique. Rien n’est encore décidé, alors je prévois simplement de continuer à travailler sur la musique. Je pense que mon style de musique ne va pas beaucoup changer, mais qu’il deviendra plus mature. Je vais tenter que ma deuxième mixtape contienne les histoires que je veux raconter. 

Vous venez de sortir l’entière version de la chanson “Blue Side” de votre mixtape Hope World. Était-ce quelque chose que vous aviez depuis le début, ou l’avez-vous achevé il n’y a pas longtemps ?

Ce n’était pas la version entière à l’époque, alors j’ai toujours pensé à revenir dessus et la compléter. J’avais toujours ça en tête. Je pense que c’était il y a genre deux semaines ou un mois que ça m’est revenu en tête “Oh, j’ai envie de terminer cette chanson.” Comme je l’ai mentionné plus tôt, je me remémore vraiment les émotions que j’ai pu ressentir lorsque j’ai travaillé sur cette mixtape.

Le photographe Hong Jang Hyun pour Rolling Stone.

Quand vous aviez commencé en tant que stagiaire, vous ne rappiez pas du tout. Vous revenez de très loin décidément, et vous avez sûrement développé de sérieuses compétences – à quoi ressemblait tout ce processus ?

Je pense que j’ai encore quelques lacunes. Je pense toujours que j’ai un long chemin à faire, que j’ai à apprendre encore beaucoup de choses. Je dois trouver mon propre style. Mais je pense que si je suis arrivé si loin, c’est grâce aux autres membres. Quand j’ai commencé ma période en tant que stagiaire, tous les membres étaient des rappeurs dans le groupe. Alors quand vous arriviez à la maison, le rythme s’imposait, et tout le monde rappait en freestyle. C’était un peu difficile au début, mais j’ai vraiment essayé de m’adapter à ce nouvel environnement. Et je pense que c’étaient des bons moments et des bons souvenirs, et c’était très amusant aussi.

Vous étiez très jeune quand vous avez débuté en tant que stagiaire. Qu’est-ce que ça vous a fait de grandir au sein de BTS ?

Je pense que durant mon apprentissage, ma vie était loin d’être ordinaire. Parce que les autres gens, mes amis, faisaient leurs devoirs à l’école et participaient à des excursions et se construisaient des souvenirs en tant qu’étudiants. Et bien sûr j’ai choisi cette carrière, ma propre route, laissant de côté ce genre de choses. Peut-être que je pourrais me sentir malheureux de ne pas avoir pu vivre ce genre de choses, mais j’étais à la poursuite de mes rêves. Et rencontrer les membres quand nous étions encore que des stagiaires, était quelque chose d’incroyable, parce que c’est juste incroyable que des personnes qui étaient si différentes puissent se rencontrer pour former un groupe. Et je veux vraiment remercier ces personnes-là ; quelques fois j’ai l’impression que je veux vraiment retourner à cette époque.

 

A quoi pensez-vous quand vous revenez sur les premières vidéos de BTS, quand vous aviez cette image qui se voulait presque rude ?

A l’époque quand nous avions sorti “No More Dream”, notre musique incarnait une certaine bataille contre les préjugés et l’oppression. Alors naturellement, ce genre de valeurs ont pu influencer notre style et son aspect visuel aussi . On peut dire que c’était notre identité et l’image que nous représentions à ce moment-là. Mais on ne peut pas demeurer éternellement dans cet état figé . Avec le temps qui passe, les choses changent et les tendances aussi, comme nos tendances en matière de musique. Nous avons pris en compte les influences autour de nous, incluant, bien sûr, celles de notre public. Ces influences nous ont guidées vers notre propre changement en termes de style de musique et de concepts.

Vous avez tous dit plusieurs fois que quand vous vous êtes retrouvés ensemble pour la première fois, il y avait des conflits entre vous car vous aviez des origines et des valeurs différentes. Quelles étaient les principales différences qui ont rendu les choses si difficiles au début ?

Nous étions simplement très différents depuis le début, alors c’était bizarre. Ça a pris du temps pour s’y habituer . Nous vivions ensemble, mais nous devions nous assurer que chacun avait son propre espace personnel. Nous avons éventuellement appris à nous comprendre, et maintenant, nous faisons ça depuis tellement longtemps que nous possédons cette sorte d’harmonie, une compréhension mutuelle qui nous permet d’avoir ce genre de travail d’équipe. Et chacun d’entre nous a un rôle différent dans le groupe, et des choses différentes que nous faisons en musique, alors nous essayons aussi de s’aider les uns et les autres dans ce que nous faisons et on essaye de devenir meilleurs.