Interview Jin - Rolling Stone

Article écrit par Brian Hiatt, publié dans le Rolling Stone, le 16 mai 2021. Traduction par #Coco

Jin de BTS sur des ‘musiques rock’, une vie hors des routes,
tout en étant vraiment très beau.

❝  Quand nous ne pouvions pas faire de tournée, chacun d’entre nous s’est vraiment senti perdu, comme impuissant ❞

Le producteur principal de BTS, Pdogg, s’est pris de plaisir à pousser les chanteurs du groupe au top de leur niveau, et même au-delà. L’un des exemples les plus extrêmes, et des plus impressionnants, est la série de notes en fausset [falsetto] que Jin a tenté d’atteindre avec la chanson « Crystal Snow ». On n’aurait jamais pu deviner à ce moment-là et à bien d’autres encore, que Jin n’était pas du tout un chanteur (ou un danseur) lorsqu’il a rejoint pour la première fois Big Hit Entertainment (maintenant HYBE) en tant que stagiaire ; à la place il étudiait le cinéma. Pour la troisième séance d’interviews avec chacun des sept membres de BTS, Jin a expliqué combien il a cultivé de formidables compétences, si on revient sur ses quelques meilleures expériences musicales, et bien plus encore. Il est arrivé au siège du label pour l’interview dans une chemise bleue à col large, boutonnée sur le devant et une casquette de baseball de la marque japonaise Mastermind, un cadeau de Suga. 

Je sais qu’aujourd’hui vous venez juste de vous réveiller. Alors comment était votre journée hier ? 

Nous sommes allés tourner une émission de variété, une émission populaire et connue en Corée ; nous n’avions pas fait ça depuis un moment. Je veux insister et être sûr qu’on mette l’accent dessus pour qu’on retienne que ma beauté aura rendu fou tout le monde [rire].

Même au travers du masque, puis-je dire. Alors cette année qu’avez-vous appris sur vous-même hors des routes ? 

Particulièrement lorsque nous étions en tournée, je n’avais pas le temps de me recentrer sur moi-même et de déterminer ce qui me donnait de la joie, ce qui me détendait. Être hors des routes durant une année m’a permis de réellement me concentrer sur ce que je voulais et sur qui je suis, et d’apprendre en quelque sorte à m’aimer. J’ai eu la chance de plus dormir, et ça m’a permis d’encore plus profiter. J’ai essayé de faire du sport, et j’ai réalisé que c’était quelque chose que j’aimais. Et toutes les choses que j’aime comme jouer à des jeux vidéo, regarder des films, chanter, ce genre de choses. 

En même temps, on dirait que vous ressentez tout de même de la peine de ne pas être en tournée.

Pas seulement moi, les autres membres ressentent ça aussi. Quand nous ne pouvions pas faire de tournée, chacun d’entre nous s’est vraiment senti perdu, comme impuissant, et nous étions tous tristes. Et à vrai dire ça nous a pris un moment avant de surpasser ces sentiments. 

Vous avez écrit la chanson « Abyss » dans la lignée de ces sentiments, pas vrai ?

Comme le titre le suggère, je me suis vraiment senti plongé au fond des abysses quand j’ai écrit ces paroles. J’étais vraiment triste et abattu. Mais à vrai dire le fait de chanter cette chanson et de l’enregistrer m’a allégé de beaucoup de ces émotions.

Jin de BTS photographié à Séoul le 6 avril 2021.

Photographie par Hong Jang Hyun pour Rolling Stone. La direction artistique par Alex Badia. La veste, le haut et le pantalon par Dior men.

« Moon » est une chanson qui s’accorde bien à la guitare. Est-ce vrai que vous aimeriez que BTS enregistre plus avec des instruments qui conviennent plus au rock ? 

Je ne pense pas que je refuserai une chanson dans un style rock s’il s’en présentait une sur notre chemin. Ce serait bien si nous pouvions en faire plus de ce genre, mais elles doivent être appropriées et s’accorder au style de notre groupe.  

Alors que vous vous destiniez à être dans le cinéma, vous avez vraiment dû apprendre à danser et chanter en partant de rien lorsque vous étiez stagiaire. Comment ça s’est passé ? 

C’était vrai et ça l’est toujours, les choses me demandent plus d’efforts qu’aux autres membres pour qui ça vient plus naturellement. J’ai des difficultés dans beaucoup de domaines. Par exemple, beaucoup des membres apprendront la chorégraphie une seule fois et seront tout de suite capables de la danser sur la musique. Mais je ne peux pas faire ça, donc j’essaye de travailler encore plus dur pour ne pas tirer les autres membres vers le bas ou être un fardeau. Alors il m’arrive de m’entraîner à danser une heure avant, ou après que l’entraînement soit fini, je peux encore rester une heure environ, et demander au professeur de refaire la chorégraphie une fois de plus.  

 

Mais vous êtes devenu un incroyable chanteur. Quels sont les moments où vous avez commencé à réaliser que vous aviez acquis quelques maîtrises du chant ? 

Je ne pense pas qu’il y ait réellement un moment où j’ai réalisé que j’y suis parvenu en tant que chanteur. Je ne maîtrise pas encore le chant. Mais un chanteur a le devoir et l’obligation d’apporter de la joie à l’audience. Au fil des tournées, j’ai commencé à voir que l’audience appréciait ce que je faisais. Nous étions en train de partager les mêmes émotions et ce que je faisais résonnait de plus en plus avec eux. Alors peu importe si c’était par mon chant ou par ma performance ou qu’importe ce que ça avait pu être, j’ai commencé à réaliser que j’étais capable de communiquer avec l’audience.

photographie par Hong Jang Hyun pour Rolling Stone.

Parlez-moi de M. Bang [le fondateur de HYBE]. Quel est son génie particulier ? 

[En voulant le taquiner] Cela est pour beaucoup, je pense, dû à sa chance. La concrétisation de son génie est d’avoir eu la bonne fortune de nous rencontrer. Je ne pense pas qu’il aurait pu faire ça sans nous. Je pense que dans sa bonne fortune repose son génie. […] Je pense que si je devais citer une chose à propos de lui, c’est son habileté à voir le futur et à anticiper très tôt les tendances. Il est capable de le voir, « C’est ce genre de chose que nous pouvons faire ; ce sera bon pour l’avenir ». Alors je crois qu’il est vraiment capable de le faire. Et en plus il est très chanceux.       

Vous êtes, bien sûr, le plus âgé des membres du groupe. Il est incontestablement vrai que les gens sont comme figés à l’âge où ils sont devenus connus, parce que c’est à ce moment-là que leur vie ordinaire s’est arrêtée. Alors dans votre tête, vous sentez-vous comme quelqu’un qui a 30 ans, ou alors comme quelqu’un de plus jeune ? 

C’est embarrassant pour moi de le dire puisque c’est comme si je me vantais de ma propre personne, je suppose. Mais à chaque fois que je sens que nous sommes au sommet de notre popularité, nous atteignons après ça un nouveau sommet, puis encore un nouveau. Alors comme le fait que je continue à vieillir, et c’est toujours embarrassant pour moi de le dire, nous sommes capables d’atteindre de plus en plus de sommets. Alors je me sens comme quelqu’un de mon âge ! Je me sens comme quelqu’un de 29 ans. 




Avez-vous, à un certain degré, envie de réessayer d’être acteur  ?    

Rien n’est gravé dans la pierre. J’aime plutôt aller selon mes envies et ce que je ressens. À l’heure actuelle j’aime vraiment la musique, alors je pense que je suis évidemment plus tourné vers la musique.

« Spring day » est évidemment le fruit d’un effort de groupe, mais je trouve que votre partie est particulièrement émouvante. De quoi vous rappelez-vous au moment de l’enregistrement de cette chanson ? 

Nous voulions pour cette chanson créer une sorte de douce ambiance sentimentale ou mélancolique. Une fois que nous avions trouvé les paroles, on a essayé de poser le thème et le ton pour l’enregistrement de la musique. J’ai essayé de rassembler quelques-uns de mes doux souvenirs mélancoliques pour que je puisse les retranscrire dans l’ambiance générale. Par exemple, tu es en train de repenser à un ami avec qui tu as perdu contact et tu prends inspiration de cette tristesse.  

Comment se produit l’interaction complexe des voix qu’on retrouve dans les chansons de BTS – comment décidez-vous tous de qui chante quoi ?

Quand une chanson est terminée, nous la chantons tous. Nous chantons l’entièreté de la chanson. Et ensuite nous décidons quelles lignes convient le mieux à telle personne et à tel caractère. Et nous essayons de mettre ça au point. 

Et enfin, durant ta période en tant que stagiaire [trainee], avez-vous déjà imaginé un tel niveau de succès ? 

Je pense qu’à ce moment-là, je me disais que si je pouvais rassembler une audience de 1000 personnes, c’était ce que je voulais faire. C’était mon objectif de l’époque.