Interview de J-hope

Article publié dans le Weverse Magazine, le 24 novembre 2020. Traduction par #Blue

Le 28 avril dernier, J-hope a diffusé une vidéo de ses échauffements de danse sur la chaîne YouTube de BTS, BANGTAN TV. Pendant une heure et quatre minutes, il a étiré son corps entier, allant progressivement de légers mouvements à de plus grands, et montré davantage de ses techniques. Il n’a pas non plus oublié son exercice de récupération. C’est la vie de j-hope en tant que membre de BTS depuis ces sept dernières années.

Beaucoup de choses se sont passées cette année.

J-hope : Comme je l’ai dit dans une autre interview, cette année a été les montagnes russes. Ça a commencé avec notre performance aux Grammys, qui étaient vraiment, vraiment géniaux, puis ensuite Map Of The Soul: 7 est sorti, ce qui était tout aussi génial, mais tout a fini par s’effondrer. Avec la COVID-19 qui est arrivée, j’ai beaucoup réfléchi, j’ai un peu étudié, puis est arrivé le moment où tout le monde a découvert Dynamite et nous avons eu de très bons résultats. Et le même parcours s’est répété. Les montagnes russes sont effrayantes, mais vous continuez d’y penser même après y être descendu. C’est comme ça que je me suis senti cette année : c’était à la fois effrayant mais aussi inoubliable.

L’un de ces moments inoubliables doit être lorsque Dynamite s’est placé au top du Hot 100 de Billboard, toutefois tu n’as pas eu réellement l’occasion d’aller aux Etat-Unis.

J-hope : Quand nous avons eu la première place, nous n’avions même pas pu vérifier le classement. Nous dormions. Nous l’avons regardé quand nous nous sommes réveillés, et nous y étions, en première place. Mais après ça, nous sommes allés directement au travail (rires). Nous devions tourner quelque part en Corée. C’était difficile de s’en réjouir, la situation étant ce qu’elle était, mais tout allait bien parce que nous pouvions en profiter ensemble.

Tu devais avoir beaucoup de choses en tête, en concevant BE durant cette drôle d’année.

J-hope : J’ai tendance à penser que les albums de BTS sont le reflet du groupe entier, mais cette fois, j’ai pensé que je pouvais y mettre les histoires que je voulais raconter, en faisant d’elles ma musique et en imprégnant une part de moi-même dans ce nouvel album ; et tout cela en faisant en sorte qu’il reste l’album de BTS. Il s’est avéré être aux couleurs de BTS, et l’énergie de tout le groupe nous a mené vers une synergie plus grande encore.

Qu’est-ce qui t’as fait aller dans cette direction ?

J-hope : Nous avons commencé cet album en nous réunissant et en nous demandant quelle genre d’histoire nous voulions raconter. La mot de fin de cette discussion était “Bon, hey, nous devons vivre avec cette situation, alors nous ne pouvons pas abandonner”. Et de là, Life Goes On est né, et puis nous avons travaillé sur les histoires que nous voulions chacun raconter. Je pense que tout paraît plus authentique, puisque nous avons essayé de capturer les émotions que nous avons ressenties en vivant avec la pandémie.

J’imagine que vous aviez tous beaucoup de chansons que vous vouliez inclure, et que vos avis étaient probablement tous quelque peu différents ? Comment avez-vous trouvé un compromis pour la version finale ?

J-hope : Aucun d’entre nous n’avions planifié quelque chose. Nous écoutions une piste et quelqu’un disait “Hey, l’un d’entre vous veut s’y essayer ?” et quelqu’un d’autre disait, “Moi ! Je vais le faire”. Nous avons simplement fait comme cela. Il y a eu des désaccords, aussi. Quand chaque personne commence à parler un peu plus fort, c’est difficile de trouver un terrain d’entente. Mais nous avons toujours su communiquer les uns avec les autres, et nous savons quand nous arrêter ou être plus aimable, alors tout s’est passé tranquillement, tout comme la planification des chansons de sous-groupe.

Comment chacun d’entre vous avez choisi vos chansons ? Tu as mis Dis-ease dans l’album.

J-hope : Il y avait une chanson sur laquelle nous travaillions dans le studio et quelqu’un a dit, “Cette piste n’était pas si bonne, n’est-ce pas ? Celle de Jungkook juste avant était bien meilleure”, et nous l’avons échangée directement. La piste était prête à être enregistrée, alors nous avons parlé au label, et nous avons fini par l’échanger. Nous l’avons écoutée tous ensemble et nous nous sommes dit, “Que pensez-vous de celle-là ?” et c’est ainsi que nous avons décidé. Puis Life Goes On fut terminée, et je n’étais pas sûr que Dis-ease figure dans l’album. Nous avons proposé à Jimin, qui était le manager du projet, les sept chansons de chaque membre et il a suggéré que nous les écoutions d’abord une première fois pour ensuite en recevoir les retours du personnel de l’agence. Je pense que c’était une histoire que chaque membre pouvait ressentir comme étant la sienne.

Comment as-tu eu l’idée pour le thème de Dis-ease ?

J-hope : D’abord, je voulais me mettre dans l’esprit que cette chanson était une maladie. Quand je fais une chanson, je travaille en premier sur le refrain, puis ensuite je passe au premier couplet. Quand j’ai terminé le refrain, la chanson me semblait être d’un ton trop optimiste, je me suis dit que le thème général ne devait pas être si enjoué. Ça ne correspondait pas à ce que je ressentais. Mais alors que le thème de Dis-ease en lui-même n’était pas très léger, quand il fusionne avec le rythme, on a le sentiment que la chanson essaye de se dépasser d’elle-même pour rester positive. J’ai donc ajouté quelques “scratching” dans le refrain et mis quelques “bbyap bbyap bbyap” et j’ai commencé à me dire “aha ! Je ferais mieux d’appeler cette chanson Dis-ease.

Je ne m’attendais pas à ce que tu écrives une chanson décrivant ta relation d’amour-haine avec ton travail comme une maladie. Beaucoup de gens s’attendent à ce que tu aies une attitude positive et pleine d’espoir, comme le dit ton nom.

J-hope : J’étais beaucoup trop occupé pour donner de l’attention à la notion de travail en elle-même. Mais, comme vous le savez, ça a subitement changé, et il y a beaucoup de choses que nous ne pouvions plus faire. Quand je travaillais, je disais, “Ugh, j’ai besoin d’une pause”, mais quand nous prenions du temps, les mots, “Ugh, je veux recommencer à travailler » sortaient de ma bouche ! C’est ce qui m’a amené à réfléchir davantage sur ce que je faisais : “Pourquoi est-ce que cela me dérange ? J’ai l’occasion de me reposer saisie-la. Pourquoi ai-je besoin de travailler maintenant ? Est-ce une maladie professionnelle ?”. J’ai senti que c’était une part de moi que je pouvais exprimer à ce moment-là.

C’est la première fois que j’entends dans tes paroles, à quel point tu te pousses à bout pour réussir. Cela m’a fait m’interroger sur le fardeau que vous avez enduré au niveau professionnel au cours de ces sept dernières années.

J-hope : Comme d’habitude, j’aurais pu dire “Je vais bien; J’ai de l’espoir” et je serais retourné travailler, mais je pense que j’évitais juste mes problèmes liés au travail plutôt que de m’y confronter. Ce qui est bien avec la musique, c’est que je peux dire d’une belle manière ce que j’ai dans la tête, même si c’est un sentiment de tristesse ou de dépression. Je n’ai pas l’habitude d’exprimer ce genre de sentiments, mais cette fois, je voulais essayer.

interview j-hope 4

Il semble que tu aies différents sentiments concernant le travail.

J-hope : Avec mon travail ? Et bien, en fait, je ne suis pas sûr. Le travail est en quelque sorte un vilain petit canard. Le travail me donne une bonne énergie, mais il y a aussi de l’énergie que l’on obtient en se reposant. Mais quelqu’un comme moi se sent vivant quand il travaille, alors j’ai besoin de continuer à bouger et à faire. Je me sens anxieux quand j’arrête et satisfait quand je m’y remet. De temps à autre, je ne veux pas travailler, mais je ne peux pas ne pas travailler.

Tu dis que toi et le travail allez bien ensemble ?

J-hope : Exactement. C’est plus facile de penser simplement. Si tu réfléchis trop, c’est à ce moment-là que les choses deviennent difficiles. Parce que je suis moi, je ne peux pas penser simplement tout le temps, mais j’essaye au maximum de faire de mon mieux.

Penser simplement n’est pas toujours si facile.

J-hope : Oui. C’est peut-être parce que je n’ai pas beaucoup de problèmes à régler. Je ressens de l’incertitude à cause de ça. Incertain sur la façon dont je serais affecté si je rencontrais d’immenses difficultés.

BTS a connu beaucoup de difficultés, n’est-ce pas ?

J-hope : C’est aussi vrai (rires). Mais le groupe n’aurait pas été très loin si je n’avais fait que de nous encourager. Nous avons pu parce que nous pensions tous de la même façon. Je me demande si nous aurions été capable d’aller aussi loin si je n’avais dis que “Allons-y, les gars !”. C’est pourquoi je suis d’autant plus reconnaissant envers les autres membres.

Comment ces changements émotionnels influencent-ils ta musique ?

J-hope : Je ne voulais pas faire une chanson ultra joyeuse cette fois-ci. J’ai pensé qu’il serait mieux de faire des chansons plus détendues sur comment je me sentais pendant tout ce temps, alors j’ai choisi Dis-ease ainsi que Fly To My Room. Les autres membres ont aussi pensé ça, “Oui, nous avons fait beaucoup de chansons spectaculaires, alors ça devrait aller si nous essayons cela aussi”. Blue & Grey est comme ça aussi. J’adore cette chanson.

Tu as une voix complètement différente quand tu rapes sur Blue & Grey. Est-ce que ton style de rap change aussi, en même temps que tes émotions ?

J-hope : Je voulais que Blue & Grey sonne comme si je parlais, en fait. Le ton de ma voix et le sentiment qu’elle laisse dépendent beaucoup de la façon dont je vocalise mon rap. J’ai beaucoup remarqué ça, cette fois. En fait, Namjoon m’a énormément aidé. Sa partie est juste après la mienne, alors quand je me suis tourné vers lui, je lui ai dit “Peut-être que ça sonnerait mieux si je le faisais comme ça”, et j’ai essayé. J’ai alors mis en application ses conseils et j’ai pu trouvé la bonne sonorité.

Qu’est-ce que ça fait de s’éloigner de son style habituel ?

J-hope : C’est vraiment rafraîchissant. Je pensais que ça ne marcherait pas mais j’ai changé d’avis après tout. Et j’ai toujours pensé que c’était un sentiment que je voulais expérimenter. Pour moi, BE est en quelque sorte un premier pas sur un chemin inconnu, il y a des parties qui nous ont mis à l’épreuve, mais aussi des parties dont le changement a été le bienvenu.

Je pense que ton rap dans Dis-ease illustre très bien ce changement. Plutôt que d’essayer de garder le rythme dans l’intro, ton flow suit simplement l’histoire.

J-hope : J’ai fait en sorte de ne pas trop réfléchir sur quoique ce soit, cette fois. Ça a fini par sembler plus naturel parce que je suivais le rythme des mots au fur et à mesure qu’ils sortaient de ma bouche. Et c’était plutôt rafraîchissant parce que je n’ai pas fait d’aussi long couplet comme dans Dis-ease depuis bien longtemps. Quand nous rapons, nous avons en général 4 ou 8 lignes ; je me suis alors dit que j’allais essayer de faire un couplet de 16 lignes. Ça m’a aussi aidé parce que les paroles sont apparues avant beaucoup d’autres choses pour cette chanson.

La musique de Dis-ease est plutôt optimiste, puis ensuite il y a un message surprenant : “Pour être honnête, j’ai un problème.” C’est comme si tu te retenais de franchir une limite.

J-hope : C’était quelque chose comme ça. Ne devrions-nous pas rester sur cette limite ? Peut-être que c’est aussi une maladie (rires). J’ai pensé que si j-hope se penchait un peu trop d’un côté, les gens pourraient trouver ça étrange. C’est pourquoi j’ai essayé de rester fidèle à mes standards, mais puisque je suis humain, j’ai aussi voulu exprimer les émotions que je n’aurais pu articuler dans la musique.

Tu ne veux pas essayer de franchir cette limite ?

J-hope : J’y ai pensé, bien évidemment. Je le veux, mais dans ma vie, j’ai toujours pensé que s’il existe une limite, elle ne doit pas être dépassée. Mais je suis devenu plus généreux avec moi-même en ce qui concerne franchir les limites quand il s’agit de musique.

Alors tu ne l’as pas encore franchi, mais tout de suite ce que tu aimerais dire c’est, “J’ai quelque chose d’autre”, et aller plus loin.

J-hope : Oui. C’est peut-être un moment où j’en ai vraiment besoin. J’ai été chanceux parce que j’ai rencontré des personnes géniales, j’ai réussi et j’en suis arrivé là aujourd’hui. Maintenant que j’en suis là, j’ai toujours envie d’essayer de nouvelles choses et de continuer à évoluer. C’est pourquoi je travaille dur et que je réfléchis au type de musique que je devrais faire.

Il y a un passage dans Fly To My Room où tu dis “tu peux changer ta façon de penser”. C’est comme si tu expliquais les sept dernières années de ta vie.

J-hope : Ça dépend de la façon dont on l’interprète. Imaginons qu’il y ait de la nourriture face à toi. Tu pourrais te sentir seul en la mangeant, mais si tu oublies ta solitude pendant une minute et que tu te dis “Il n’y a aucune différence avec de la nourriture que je mangerai au restaurant (avec d’autres personnes), de toute façon”, alors ce sera comme manger au restaurant. Même en me sentant seul coincé chez moi, j’ai commencé à penser à ça comme un nouveau voyage à la place. J’ai imaginé ma chambre comme mon propre monde, et ma livraison de nourriture comme un repas d’hôtel trois étoiles. Comme on peut le deviner grâce au titre, j’ai travaillé sur cette chanson en pensant à la façon dont j’ai enduré cette année jusqu’à maintenant.

Et pourquoi as-tu décidé de “changer ta façon de penser” ?

J-hope : A cause de tout l’amour que j’ai reçu. Je suis dans cette position à cet endroit et il y a des choses que je dois régler, je dois faire certaines choses et penser à ce que je suis capable de supporter. J’y ai beaucoup pensé et je l’ai accepté. Alors j’ai réfléchi à ce que je pourrai accomplir durant ces temps difficiles, et comment je pourrais aider mes amis, mon groupe. Je pense que je suis toujours en plein dans ce processus, alors tout est un “en train de…”, parce que je pourrai avoir besoin de savoir ce que je pourrais faire plus tard suivant ce que je suis capable de faire, même si je ne le sais pas encore vraiment.

Ça a quels effets sur toi d’être entouré par tant d’amour ?

J-hope : C’est incroyable d’être aimé ne serait-ce que par une seule personne. Même un seul et unique amour est beau ; mais nous, nous recevons de l’amour du monde entier. Et je sais que ce n’est pas quelque chose à prendre pour acquis. Je suis incroyablement reconnaissant au point que parfois je me sens dépassé et je me dis “wow, comment pourrais-je toujours retourner cette quantité d’amour ?” Je veux exprimer ça de toutes les façons possibles, à chaque moment où je le peux, parce que je me sens si honoré d’être autant aimé que je ne peux trouver de suite les mots justes.

Il y a peu de temps, dans une interview avec Rolling Stone India, tu as dit que lorsque tu étais plus jeune, tu associais le fait de débuter avec le succès. Que signifie le succès pour toi aujourd’hui, maintenant que tu vas de succès en succès ?

J-hope : Le succès… C’est un mot simple, mais qui peut avoir du poids sur vous. Dans tous les aspects de la vie, je pense que le succès signifie être satisfait de ce qu’on est capable de faire. Quand on perd la foi dans son travail et que cela en devient une corvée, c’est à ce moment-la que ça commence à devenir déprimant.

Il y a inévitablement des moments où tu ne peux plus en profiter.

J-hope : C’est juste que… vous savez, c’est vraiment simple en réalité. Si vous ne pouvez pas le faire maintenant, vous pouvez toujours le faire plus tard. Faites-le, et vous pourrez vous détendre. Et je pense que c’est le secret pour vivre une longue et heureuse vie. Tout ce que vous ne pouvez faire dans votre vingtaine, vous pourrez le faire dans votre quarantaine. Bien sûr, il y a des choses que vous devriez faire maintenant, tant que vous êtes encore en forme (rires). Mais si c’est la situation dans laquelle vous êtes actuellement, vous n’avez qu’à la surmonter. Essayez plus tard si vous ne pouvez en profiter maintenant. Vous vous sentirez probablement différent dans le futur, de toute façon. Ouais, ça résume plutôt bien la clé de mon auto-préservation.

Où trouves-tu la force de tenir comme ça ?

J-hope : Pour le groupe, c’est assez évident de qui elle vient. Ce sont nos fans. Les ARMYs. Nous avons dû nous en sortir, pour nos fans. A tout moment et n’importe quel jour, les fans passent toujours en premier. Je n’arrête pas de penser à quel point ce serait douloureux pour les fans si nous faisions comme si de rien était ou si nous avions envie de tout arrêter juste parce que nous traversions une mauvaise passe. J’avais 20 ans quand nous avons débuté. Je ne savais pas trop ce que c’était d’avoir une vie sociale, mais les messages que nos fans nous envoyaient étaient d’un réel réconfort et me donnaient de l’espoir. J’ai tellement appris juste en lisant les lettres de nos fans et en comprenant le genre de pensées qu’ils avaient. Les fans et les artistes ne sont réellement qu’une seule et même personne.

Cela me fait penser à une phrase de Life Goes On : “Les gens disent que le monde a changé mais heureusement, entre toi et moi, rien n’a changé”.

J-hope : Oui, c’est vrai. La première fois que je l’ai entendu, j’ai pensé que cette ligne exprimait vraiment bien ce sentiment. Yoongi l’a écrite. Il est vraiment doué (rires). Je pense que ça décrit bien notre relation avec nos fans.