Interview de V (Taehyung)

Article  publié dans le Weverse Magazine, le 25 novembre 2020. Traduction par #Blue

Pendant le shooting photo, V affiche différentes expressions sur chaque photo du moniteur. Elles font naître en nous une sorte de tension et d’anticipation parce que nous n’avons aucun moyen de savoir ce qu’il pourrait faire même à la seconde d’après. Mais le résultat est cool du début à la fin. C’est V.

Comment vas-tu ces derniers temps ? Cela fait un moment que tu n’as pas pu voir tes fans.

V : En ce moment, je ne suis pas trop stressé par le fait de ne pas pouvoir rencontrer les fans en face-à-face. Je veux simplement les voir quand il n’y aura plus de risque de se rencontrer. Je pense que je peux attendre jusque là.

Comme votre chanson le dit, Life Goes On [La Vie Continue]. Tu as décidé de continuer à faire ta vie.

V : Nous nous devons d’avancer. Nous ne pouvons pas nous sentir vaincus indéfiniment. Je me suis senti beaucoup mieux après avoir fait quelques chansons.

A part pour travailler sur Dynamite, tu as passé très peu de temps loin de chez toi. Comment occupes-tu ton temps quand tu es seul ?

V : J’aime vraiment flâner, alors je reste assis dans ma chambre à ne rien faire pendant des heures. Je peux très bien lancer un film, mais ne pas arriver à me concentrer et penser à autre chose. Quand ça m’arrive, c’est comme si je vivais sans penser ni me soucier du monde. Peut-être que je devrais en faire une chanson un jour. L’appelant probablement “Flâner”. (rire) Bref, ces jours-ci je cherche des moyens pour rester heureux.

As-tu trouvé quelque chose ?

V : Et bien, ces derniers temps j’écoute des albums de musique (LP). C’est bientôt la saison de Noël et j’adore la neige, alors j’ai acheté deux ou trois albums de Noël à écouter. J’écoute aussi des anciennes chansons de Jazz de Frank Sinatra et Sammy Davis Jr. Frank Sinatra est cool, comme un vin frais ; Sammy Davis Jr. est incroyablement talentueux (rire).

C’est donc le genre d’artistes que tu trouves cool.

V : Ces deux-là ont aussi été d’une grande inspiration pour moi quand nous travaillions sur Dynamite. Sinatra possède un langage corporel propre au jazz, mais il y a aussi ajouté un peu de disco. Et j’ai imaginé la façon dont Sammy Davis Jr. pourrait danser s’il y avait un micro sur scène et qu’il devait y danser autour. Ils ont été d’une grande aide quand il a fallu trouver un moyen pour nous rendre à la fois cool et optimiste dans Dynamite.

Je suppose que concevoir Dynamite a été une sorte de consolation même si vous ne pouviez pas rencontrer vos fans à cause de la Covid-19.

V : Nous ne pouvions ni faire de concert ni rencontrer les ARMYs, alors nous nous sommes sentis de plus en plus vidés. Cela semblait être un combat sans fin. Nous voulions vraiment que les ARMYs se sentent mieux, alors nous avons dû remonter sur scène et faire un autre album pour qu’ensemble nous puissions vaincre cette chose. Je veux être l’ami qui encourage toujours les ARMYs, mais il n’y a pas beaucoup de façons de les faire se sentir mieux.

Comment as-tu vécu toute cette expérience avec Dynamite ? Vous avez réussi à atteindre la première place au classement du Billboard Hot 100 et vous avez aussi eu la chance de vous produire dans une variété de styles différents.

V : Tourner le Tiny Desk Concert a été un processus très naturel, ce qui était plutôt agréable. Mais en réalité, la situation étant ce qu’elle était, nous n’avons pas pu vraiment ressentir grand-chose. Le jour où la nouvelle est arrivée, c’était bien sûr excitant. C’était super en fait, nous nous sommes tous appelés et quelques-uns d’entre nous ont ri et d’autres ont pleuré : “Nous n’avons pas pris le mauvais chemin finalement! Il s’est avéré que nous avons eu cette chance – c’était alors vraiment possible !”

Alors que tu travaillais sur Dynamite, tu as aussi été le directeur artistique de BE. Je suis sûr(e) que tu as été incroyablement occupé à prendre les photos, mais as-tu pu communiquer correctement avec les autres membres ?

V : Nous avons tranquillement discuté, j’ai écouté chacune de leurs idées de concept et je me suis organisé à partir de ça. Si nous avions essayé quelque chose de trop naturel, ça n’aurait pas été assez conceptuel, alors nous avons fait de notre mieux pour tout équilibrer.

Tu as placé tout le monde au milieu, avec le décor arrangé symétriquement autour de vous.

V : Cela a été possible grâce aux idées qui étaient propres à chacun. Il n’y avait pas de chevauchement entre les objets, ce qui nous a permis de créer un sentiment d’unité en plaçant les accessoires de façon symétrique. Cela ne devait pas forcément être symétrique ; mais chaque membre a vraiment choisi quelque chose d’unique.

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Dans ta pièce, tu as inclus un violon et une photographie.

V : C’est une photo que j’ai prise. J’aime les photos et les dessins, mais si je m’étais servi d’une autre œuvre alors j’aurais utilisé le travail d’un artiste en particulier ; j’ai donc pensé que c’était mieux d’utiliser une de mes propres photos. J’ai fini par choisir le violon parce que j’ai appris à en jouer mais aussi parce que j’adore la musique classique et le jazz.

Alors, quel est ton sentiment par rapport au résultat ?

V : C’est moi qui l’ai fait, alors je l’aime naturellement. (rires) Une part de moi pense que j’aurai dû faire quelque chose de plus conceptuel. BE était censé dégager une impression de magazine ou de poster puisque nous n’avions pas fait beaucoup de photos de ce genre, mais il a fini par dégager un sentiment beaucoup plus naturel. Je pense que la prochaine fois que nous essayerons de faire une séance photo plus conceptuelle, nous devrions nous éloigner un petit peu de cette impression de naturel. Le groupe a expliqué clairement ses idées et elles étaient suffisamment simples à réaliser, alors je pense que tout s’est bien passé.

On dirait qu’il n’y a eu aucun problème à choisir les chansons pour BE. Comment te sentais-tu en enregistrant tes parties sur les chansons des autres membres ?

V : J’aime Dis-ease, celle que Hobi a écrite, mais d’un point de vue stylistique c’était un vrai défi. C’était très éloigné de mon propre style alors cela m’a pris un moment avant de m’y habituer. Fly to My Room est ma chanson préférée, mais ça a aussi été la plus difficile à chanter. Ça allait au début avant que Jimin n’intervienne.

Que s’est-il passé avec Jimin ?

V : Parce que je devais suivre Jimin, la chanson est montée peut-être de trois tons. J’ai cru que j’allais mourir. (rires) Elle est devenue ma chanson préférée, mais elle était juste trop difficile à chanter.

Mais pourquoi as-tu dû chanter de cette façon ?

V : Jimin était désolé parce qu’il ne pouvait pas aller plus bas. (rires) Quand j’ai entendu la démo pour la première fois, le ton était parfait pour moi, alors je me suis dis que ça sonnerait très bien et que je devais absolument la faire. Mais ensuite Jimin a dit qu’il voulait la faire aussi, alors j’ai dit “Super, faisons-la ensemble”. Finalement, elle est montée de trois tons. Alors j’ai dit “Hé, qu’est-ce qu’il se passe ? Dois-je abandonner ?”. Mais bon tout a fonctionné au final. C’était une fin heureuse. (rires)

Les gens seront sûrement mieux capables d’entendre cette partie parce que le ton est bien plus haut. (rires) La tonalité de vos voix combinées et la façon dont elles contrastent sont vraiment impressionnantes.

V : Oui, mais si on met tout ça de côté, c’était vraiment difficile. (rires) Et le refrain est vraiment long. Je crois qu’il se répète, combien, quatre fois ?

Oui, on dirait que le refrain est sans fin. Le style de production est très unique. J’aime la façon dont l’émotion est transmise tout au long de la chanson.

V : Je suis d’accord, mais c’est si long. Le refrain s’est avéré complètement fou, comme si je frappais la mélodie dans l’oreille des gens. (rires) Le refrain est bon, mais l’intégralité de la chanson est vraiment prenante. Chaque fois que j’entendais le rythme, j’étais totalement dedans. La façon dont les voix reprennent le rythme et sa mélodie qui est si originale et fun, je devais le faire.

Quelles instructions as-tu données aux autres membres quand ils ont dû chanter ta chanson Blue & Grey ?

V : Je ne leur ai pas vraiment donné beaucoup d’instructions. Je leur ai dit que ce serait bien s’ils pouvaient penser à tous leurs problèmes et essayer ensuite de guérir leurs blessures grâce à leur voix ; s’ils se concentraient sur leurs émotions, ils pouvaient davantage introduire leurs sentiments dans celle-ci. Ils ont tous fait un très bon travail afin d’exprimer les émotions que je n’étais pas capable d’exprimer.

On dirait que tu voulais que Blue & Grey soit une chanson mélancolique. J’ai entendu dire que tu voulais la mettre dans ta mixtape à l’origine.

V : J’ai écrit Blue & Grey quand j’étais au plus bas, quand je me demandais si je pouvais continuer à faire mon travail ou non. Même les parties les plus drôles de mon travail étaient devenues une corvée, et ma vie entière semblait sans but. “Où dois-je aller maintenant ? Je ne peux même pas voir le bout du tunnel”. Ce sont ce genre de pensées qui m’ont frappées.

Y avait-il une raison à ça ?

V : C’était quand le travail était devenu le plus grand des challenges. Quand je suis heureux, je veux travailler ; quand je suis heureux, je peux afficher un sourire en voyant les fans, mais là il y avait vraiment trop de travail à faire. Je suis facile à vivre, vous savez, une personne décontractée, mais j’étais à bout et je commençais à m’essouffler. Ce que je veux dire c’est que j’ai vécu une période vraiment difficile et je pensais à ce genre de choses “Qu’est-ce qui m’attend à la fin ? C’est important de réussir, mais j’essaie aussi d’être heureux, alors comment ne puis-je pas être heureux aujourd’hui ?”. C’est comme ça que j’ai commencé à écrire Blue & Grey.

Alors écrire cette chanson a été comme un moyen de t’apporter une certaine tranquillité d’esprit ?

V : Il y a eu un temps où je traversais quelque chose comme ça. Je vivais des moments très difficiles, mais je ne pouvais pas continuer à garder ce sentiment avec moi. A la place, je pouvais l’utiliser comme une sorte d’engrais. Alors j’ai pris soin de ce sentiment en l’écrivant constamment dans mes notes. J’ai simplement continué à écrire et quand j’ai finalement senti que je voulais en faire une chanson, je l’ai fait. Après que la chanson ait été fini, j’ai ressenti comme un sentiment d’accomplissement, et c’est ainsi que j’ai pu laisser aller Blue & Grey. C’était une façon pour moi de surmonter mon problème.

Les chansons que tu fais ou que tu chantes en solo ont toutes un aspect commun : la nuit, la solitude, la neige.

V : J’aime la nuit et l’air du soir, et quand il neige aussi. Je les aime depuis bien longtemps, mais ces derniers temps j’ai l’impression que les choses comme la neige et l’air de la nuit me gardent en vie. Elles peuvent être pour les gens de choses simples de la vie ; mais pour moi, elles représentent des moments très spéciaux.

Cela me fait penser à la fin de Blue & Grey : “Après avoir secrètement collecté les mots qui errent dans le vide / Maintenant je m’endors, à l’aube”.

V : Je ne dors pas spécialement bien. Je me tourne et me retourne pris dans mes pensées. Même quand j’éteint les lumières, je peux tout voir clairement. Je ferme mes yeux mais toutes mes pensées se répandent en masse. Je somnole alors au travail, je regarde dans le vide quand je suis seul, des cernes sous les yeux ; mais pour éviter ça, je dois vraiment aller dormir. Sauf que dans l’état où je suis, je ne peux pas. J’ai écrit à ce propos dans le premier et second couplet ; un sentiment comme tel “Quand je suis coincé comme ça, tout est gris, et je suis tout bleu”. J’ai écrit ces sentiments dans une chanson et maintenant que j’y pense à nouveau, je m’en suis remis. Je me sens bien plus léger. J’ai collecté les mots qui errent dans le vide et maintenant je m’endors à l’aube. On est supposé s’endormir la nuit, mais je dors encore le matin. Alors je dis “Bonne nuit”, mais ce n’est pas réellement un bonne nuit. “Je m’effondre parce que je suis épuisé”, ce genre de chose. Ce sont les émotions que j’ai ressenties dans ces moments-là que j’ai voulu exprimer.

Qu’espères-tu que cela fera aux auditeurs d’entendre parler de ce sentiment ?

V : Plutôt que d’entendre d’une personne que l’on ne connaît pas de garder le moral, je pense que c’est mieux d’entendre quelque chose comme “Tu as l’air déprimé ces derniers temps”, ou “On dirait qu’en ce moment il est difficile pour toi de faire mieux”. Blue & Grey est pareil : “Tu as été déprimé récemment ? Moi aussi. Nous sommes dans le même bateau. Tu veux parler de comment tu te sens ? Tu veux te sentir mieux, pas vrai ? Je sais, mais des fois on dirait qu’on est emporté par un tourbillon de stress.” Je veux que les auditeurs m’entendent leur dire ça.

C’est important d’exprimer ses émotions tout de suite quand elles te submergent.

V : Oui. J’ai l’habitude d’écrire beaucoup de chansons quand je me sens émotif, mais ces derniers jours j’ai tellement de choses à faire que je ne peux pas vraiment écrire quoi que ce soit. Il y a quelque temps, j’ai essayé d’en écrire quelques-unes quand j’avais un peu de temps, mais rien ne m’était venu parce que les sentiments que j’avais ressentis s’étaient déjà envolés. Alors je me suis dit, “Tu en écriras beaucoup quand tu auras ces émotions!” (rires) Et puis j’ai ouvert mon application, j’ai revu mes anciennes notes et je me suis dis “Ah, alors c’est comme ça que je me sentais cette fois-là ? Je vois. Et bien, c’est ainsi que j’ai l’habitude d’être je suppose.” Alors j’ai essayé d’écrire Blue & Grey dès qu’une grande émotion arrivait.

Alors c’est important pour toi de revoir ces émotions quand tu produis une chanson ou que tu choisis quelle chanson sortir ?

V : Si tu ne peux pas retrouver ce sentiment, tu ne peux pas faire la chanson non plus. Je sors une chanson si je sens qu’elle exprime qui j’étais et comment je me sentais au moment où je l’ai écrite. Même si nous l’enregistrons parfaitement, si le résultat semble artificiel je préfère en sortir une autre, une chanson plus honnête, même si elle n’est pas parfaite.

Est-ce le genre de chansons que tu as sélectionnées pour ta mixtape ?

V : Hum… Je ne sais pas. C’est ma première mixtape vous savez, alors je ressens beaucoup de pression à propos de ça. Je pense tout le temps au genre d’album que je devrais faire et qui me procurerait un sentiment de satisfaction. La chanson titre est la chanson titre, mais tout le monde me dit aussi de laisser les choses telles qu’elles sont, pourtant j’ai toujours l’envie d’en mettre plus.

Tu as l’habitude d’écrire et de choisir tes chansons en fonction de tes émotions. Peut-être que la pression de faire ta première mixtape vient du fait que tu aies eu ces moments difficiles.

V : Je pense qu’il y a encore un long chemin à parcourir. Peut-être parce que c’est ma première mixtape, mais c’est tellement dur. Et j’ai l’impression que c’est un peu de la paresse. Les gens me disent simplement de la sortir et de voir comment ça se passe, mais je préfère savoir ce qui doit être arrangé avant de la sortir. Je ne veux pas non plus que la chanson titre soit déprimante. Je veux qu’elle soit positive et qu’elle aide les gens à vaincre ces sentiments de déprime. Mais ce n’est pas facile.

Ça ressemble beaucoup à ce que les membres ont transmis avec Life Goes On.

V : Je pense que nous avons exposé la situation actuelle d’une façon très directe et honnête. On continue, continue, continue. Et c’est dur de continuer. Mais ça ne se termine pas ici. J’aimerais que l’on retrouve les ARMYs pour que nous puissions rire ensemble. J’espère que nous serons tous heureux à l’avenir et que nous continuerons de faire de notre mieux, nous gardons l’espoir d’un avenir meilleur.